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Interview

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Compléments Revue Reflets

Interview

Compléments Revue Reflets

Interview
Être en chemin, c'est changer tout le temps
Jacques Castermane

Être en chemin, c’est changer tout le temps

  Nous vous avions rencontré ici même, il y a une dizaine d’années. Est-ce que votre enseignement évolue ? Oui. À condition que le verbe évoluer corresponde à une transformation. Être en chemin, c’est changer ; Graf Dürckheim parle d’un chemin de maturation. Quand on accompagne des élèves qui ont pris la décision d’être vraiment en chemin on peut observer un changement de leur manière d’être. L’enseignement évolue de lui-même ? Contemplez un cerisier. La cerise est blanche, elle mûrit, elle est rouge. Elle mûrit encore, elle est noire. C’est un processus de maturation, sans arrêt. L’enseignement évolue en parallèle avec la pratique de celui, celle, qui enseigne, avec sa transformation. Aujourd’hui, à plus de quatre-vingts ans je commence à comprendre ce que disait le Maître Zen Hirano Roshi, qui est venu au Centre pendant une dizaine d’années : « Sur la Voie qu’est le Zen, vous n’enseignez pas un savoir ou un savoir-faire. Le maître Zen partage sa connaissance ». Partager sa connaissance c’est s’appuyer, non pas sur des théories mais s’appuyer sur son propre vécu, sur les expériences intimes qui jalonnent la pratique d’un exercice, sur ce qu’on a soi-même ressenti, éprouvé, en pratiquant cet exercice durant des années. Je reprendrai volontiers l’expression qu’utilisait Graf Dürckheim : « L’enseignement que je propose, ici, à Rütte, n’engage pas un tête-à- tête mais un corps-à-corps ». Le mot corps désigne ici le corps que nous sommes, Leib dans la langue allemande ; à ne pas confondre avec cet autre mot de la langue allemande, Körper, le corps que l’homme a (le corps que l’homme pense avoir). La connaissance est expérience ? Oui. Lorsque je me suis installé dans la Forêt Noire pour suivre son enseignement, Graf Dürckheim m’a fait une remarque troublante : « Jacques, j’ai l’impression que vous disposez d’un large savoir en ce qui concerne ce que j’appelle le corps que l’homme a ; mais je dois vous dire que vous ne connaissez encore rien sur ce que je désigne comme étant le corps que l’homme est ». La distinction entre les savoirs et la connaissance est effective. Pendant les cinq années passées à Rütte, Graf Dürckheim et sa collaboratrice Mme Pelzer m’ont accompagné sur un chemin qui met en évidence que le corps vivant, dans sa globalité et son unité, est un champ d’action, un champ de conscience et un champ d’expérience. À ce sujet j’aimerais préciser ce qu’on entend par le corps champ de conscience, c’est-à-dire un champ de connaissance. Notre approche habituelle du réel se réalise à travers l’usage de la conscience de, la conscience qui objective ce qui est perçu par les sens en engageant ce processus mental qu’est la pensée. Le corps vivant peut être envisagé comme étant la conscience SANS de. Ce qui devrait intéresser tous les enseignants qui proposent des exercices ayant des racines dans les traditions de l’Orient et de l’Extrême-Orient. Un exemple vaut plus que les théories. Dans la pratique du yoga, du taï-chi comme dans le domaine du développement personnel, l’élève est invité à se concentrer sur quelque chose : la respiration. Une recommandation qui engage l’intervention de ce processus mental qu’est la conscience de, la conscience de quelque chose. Il y a Moi, sujet, qui me concentre sur un objet, la respiration. D’où un regard dualiste qui oppose Moi à ce qui n’est pas Moi. Dans cet exemple il est important de réaliser que ce qu’on appelle la respiration n’est pas quelque chose. Mille fois Graf Dürckheim, à qui je posais une question sur… la respiration, m’a rappelé que « la méditation, ça n’existe pas ; quelqu’un respire ». Lorsqu’il accompagnait la pratique de zazen, il nous invitait à exercer la pleine attention sur le fait que : en ce moment je inspire… je expire… ! Il s’agit ici de l’implication de la conscience SANS de, la conscience sensitive qui n’oppose pas le sujet et l’objet mais engendre l’expérience de l’unité. Votre enseignement pratique évolue constamment ? Oui. J’ai l’impression que tant ma pratique personnelle que l’enseignement sont soumis à la loi de l’impermance. Un mot qui ne signifie pas que toute vie a une fin mais que tout ce qui vit est soumis à la loi du changement, du passage. Alors qu’au début de ce cheminement, il y a cinquante ans, je pensais que j’allais devoir apprendre beaucoup de choses et faire beaucoup de choses différentes afin de progresser et ensuite d’aider d’autres personnes à progresser. L’idée que l’aïkido qui est composé de 84 000 techniques ne m’effrayait pas, au contraire je trouvais ce grand nombre stimulant. Jusqu’au jour où j’entends Graf Dürckheim raconter un épisode de son expérience japonaise : « La première année de mon séjour au Japon, je pratiquais zazen avec un vieux moine, toujours le même, à côté de moi ; il avait plus de 80 ans. Un jour je lui ai demandé ce qu’il faisait après plus d’un demi-siècle de pratique de zazen. Et ce vieux moine dit : « Mais toujours de nouveau la même chose. C’est difficile, j’essaie d’arriver à ce point où je sens que le souffle va et vient de lui-même. Et c’est mystérieux, lorsque j’y arrive, tout en moi se calme ». Si cet article vous plaît, pensez à faire un don. Le fonctionnement du site a un coût. Il n’y a pas de publicité. Vous avez un bouton « don » sur le côté. Merci de votre participation quel que soit le montant. Le maître de kyudo, Kenran Umeji Rôshi, qui dirigeait une école de kyudo (le tir à l’arc traditionnel) avait dit à Graf Dürckheim : « Si vous faites un exercice à fond, tous les secteurs de votre existence seront fécondés par cette profondeur ». Si vous me demandez si l’enseignement que je propose évolue, je réponds oui, je le libère du… trop. Je trouve de plus en plus intéressante cette loi du renouvellement de toujours la même chose qu’il ne faut pas confondre avec la répétition, par cœur, de telle ou telle technique.

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Jacques Castermane 23 février 2023 Aucun commentaire
Equipe de rédaction Reflets

Aimer avec le cœur de Dieu

Tu vis en permanence à la bergerie de Faucon maintenant ? Oui, pratiquement en permanence. Pourquoi je suis à la ferme ? Le 18 mars 2020, avec le covid, j’ai quitté Paris pour venir à Faucon. À 85 ans, je suis obligé de quitter mon travail à Paris. Ici j’ai un nouveau travail. Je ne sais pas si c’est une retraite. Je suis parti là où j’avais fondé la maison de Faucon il y a 47 ans grâce à un jeune qui m’avait demandé de lui chercher une ruine. J’ai donc trouvé et acheté la ruine et reconstruit avec des jeunes, des dizaines sont venus de Paris avec moi. Je ne pensais pas à ce que j’allais faire à 85 ans. C’est le covid qui m’a permis de foutre le camp. Je suis donc parti d’une ville bruyante et je suis venu dans le silence des Alpes de Haute Provence. À 85 ans, c’est un changement énorme. C’est à l’ehpad que j’aurais pu aller mais j’ai refusé d’aller dans un ehpad, à moins que je sois mourant. J’ai établi mon camp là. Qu’est-ce que je fais là ? Je suis dans ce lieu de 15 hectares que j’ai fondé, peuplé de jeunes et d’animaux. Les jeunes qui venaient de Paris m’avaient dit : « Achète-nous une ruine loin de la ville, loin de l’alcool, loin de la drogue ». Je vis avec eux et avec 120 animaux de 20 races différentes puisque ces jeunes sont attirés, non pas par la personne humaine mais par les animaux qui les passionnent car l’animal ne ment pas, ne triche pas et il rend ce qu’on lui a donné. C’est très dépaysant pour eux d’abord et pour moi aussi. Ils s’habituent, ils travaillent, ils bossent, ils acceptent qu’on leur donne des ordres. Tout ça n’est pas facile. Mais je ne m’occupe pas de la ferme. Il y a un directeur pour ça. Tout va bien. 8 ou 9 éducateurs assument ce travail. Il y a combien de jeunes actuellement ? On n’a pas le droit d’avoir plus de 7 jeunes. C’est l’ASE, l’ancienne DASS qui l’a décidé. C’est excellent parce que ce sont des jeunes très traumatisés, très perdus et on n’a pas besoin d’en avoir une trentaine ou une quarantaine. Ça serait impossible. C’est un travail de longue haleine et quotidien. J’habite un peu en haut, un chalet que des gens m’ont offert il y a 20 ans. J’ai un bon contact avec eux et avec les éducateurs mais je ne travaille pas sur la ferme. Je suis astreint d’être là mais sans commandement ni rien. Je n’en aurais peut-être pas la force et surtout, je prépare l’avenir avec un directeur qui est excellent et qui nous aide beaucoup à mener, après 47 ans, ce travail de fond. Comment se déroule ta journée ? Je suis dans le silence avec une personne qui m’aide en permanence, une dame âgée. Je prends de temps en temps un adjoint de Paris qui vient m’aider pendant une semaine. Beaucoup de gens viennent visiter Faucon l’été, peut-être 1 500 personnes, et il y en a qui veulent me voir, des anciens aussi que j’ai aidés il y a longtemps. Ils ont près de 60 ans et ils viennent de temps en temps, ce qui est une joie pour moi. Je dis la messe à 18 heures, je fais l’Eucharistie tous les jours. C’est très chouette, ils ne sont pas nombreux : des non chrétiens la plupart du temps, quelques chrétiens, mais des musulmans, des bouddhistes, énormément de divorcés. La prière ne dure pas très longtemps mais c’est un excellent moment spirituel que je vis avec ces gens. Je célèbre quelques mariages (j’en ai un dans huit jours à Nice), quelques baptêmes, ce qui entretient ma vie spirituelle et c’est intéressant de les vivre sur place ou en dehors. Avec ce recul et avec ton âge, est-ce que ton intimité avec Jésus a évolué ? Oui, elle a évolué. Elle évolue favorablement dans le silence. C’est ça qui est important. J’ai vécu à Paris pendant une quarantaine d’années dans le bruit, dans la violence. Donc, quand tu es dans ta 88e année, ça fait du bien de se séparer d’un travail énorme, difficile, poignant. Je me couche tard comme d’habitude puisque j’allais avec les jeunes dans les bars la nuit à Paris jusqu’à 4 heures du matin. Je me couche à 2 heures, je me lève à 10 heures. Le téléphone commence à sonner (ce sont des prisonniers qui m’appellent) : « Peux-tu m’envoyer de l’argent, je suis en prison ; je sors de prison ». C’est toujours assez déroutant et difficile de commencer la journée en entendant des messages des gens qui sont dans la peine, mais c’est mon travail que je fais presque depuis 50 ans et je le fais avec joie, une très grande joie : essayer d’aider les jeunes qui sont sans argent et sans espérance. Si cet article vous plaît, pensez à faire un don. Le fonctionnement du site a un coût. Il n’y a pas de publicité. Vous avez un bouton « don » sur le côté. Merci de votre participation quel que soit le montant.   Pour lire l’article en entier, Reflets n° 46 pages 68 à 71

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Equipe de rédaction Reflets 20 janvier 2023 Aucun commentaire
Equipe de rédaction Reflets

  Pratique spirituelle et pratique religieuse

RAFRAÎCHIR LA FOI    Il y a 40 ans Bernard Montaud créait la voie spirituelle Artas pratiquant le dialogue inspiré transmis par Gitta Mallasz. Il fonde également la Psychologie nucléaire®, une cartographie de la vie intérieure, et trois psychanalyses corporelles : passé – présent – futur pour aider encore mieux ceux qui cheminent dans la quête intérieure. Aujourd’hui sa pratique spirituelle l’a naturellement conduit à redécouvrir les bases de la religion et de la foi chrétienne. Ayant transmis son école de la vie intérieure à deux proches collaborateurs, Bernard Montaud se consacre à sa nouvelle mission pour une foi plus vivante : la Communauté des croyants du parvis dont les fondements s’appuient sur les images inspirées.  www.bernardmontaud.org Faites-vous une distinction entre pratique spirituelle et pratique religieuse ? Oui. La pratique religieuse nécessite de croire en Dieu, de croire en un prophète, alors que la pratique spirituelle nécessite de croire dans un meilleur de soi. La foi spirituelle, c’est avoir une pratique de zazen, d’art martial, ou autre, qui permet de passer d’un pire de soi à un meilleur de soi, et il n’y a pas besoin de croire en Dieu pour cela. Mais cette première foi, cette toute petite foi qui consiste à croire dans le meilleur de soi est la fondation de ce qui ensuite doit devenir une foi religieuse. La foi spirituelle précède la foi religieuse mais en même temps elle introduit à la foi religieuse.  Pendant des années vous avez enseigné une pratique spirituelle. Maintenant vous enseignez une pratique religieuse. Que s’est-il passé ?  Il s’est passé que ma vie personnelle a évolué : ma pratique spirituelle m’a tout naturellement conduit à redécouvrir les bases de ma foi religieuse chrétienne. On ne peut pas passer son temps à seulement essayer d’être meilleur puis à aider et servir avec ce meilleur. La foi religieuse propose une foi dans un invisible plus élevé et elle offre un dépassement dans le Service qui n’est pas proposé dans la foi spirituelle. Ma rencontre avec Marthe Robin, puis avec des prêtres, a beaucoup contribué à faire se prolonger ma foi spirituelle dans une foi chrétienne.  Cette pratique religieuse est fondée, semble-t-il, sur les images inspirées. Qu’entendez-vous par là ?  D’abord, il faut comprendre la période dans laquelle nous sommes. Nous vivons dans un monde d’images virtuelles, et ces images essaient de plus en plus à ressembler au réel pour nous faire prendre le sous-réel qu’elles engendrent pour un réel de rechange. Les gens vont avoir de plus en plus de difficultés à réussir dans le réel, alors on va leur proposer un virtuel sous-réel pour avoir des réussites de rechange, une consommation de rechange, une vie de rechange. C’est tout le problème des métavers. Demain, il est fort probable que l’espèce humaine vivra avec des avatars virtuels qui feront les démarches administratives sur internet, les commandes dans les magasins, qui appelleront le garage quand la voiture aura un problème, car la voiture sera directement en rapport avec l’avatar, tout comme le frigo et autres appareils. Demain, chaque être humain sera socialement obligé d’avoir un avatar, à l’image d’avoir Internet aujourd’hui. Aujourd’hui, si on n’a pas Internet, on est asocial, on vit dans un monde qui n’est plus adapté à la modernité. Demain, si on n’a pas d’avatar, on deviendra asocial car à côté chacun sera suspendu à cette image virtuelle qui fera tout à sa place : les démarches administratives, matérielles, toutes les démarches de la vie ordinaire.  Mais peut-être bien que cette évolution arrive dans l’espèce humaine pour l’amener à vivre en contrepartie avec une vie intérieure d’images inspirées, avec des avatars mystiques, religieux et non pas seulement numériques et inventés. Si nous ne voulons pas finir esclaves du virtuel, l’homme devra développer des pratiques nouvelles et une foi nouvelle qui l’enchanteront d’images inspirées. Car la foi, c’est croire en l’invisible, croire à l’action invisible de l’ange, du Christ, et jusqu’à celle de Dieu quand nous serons dans notre lit de mort. C’est avoir la capacité de vivre une sociabilité non pas virtuelle mais une sociabilité sur-réelle, et c’est le monde des images inspirées. Une image inspirée, c’est une image qui habite dans notre esprit et qui est capable de nous offrir un sur-réel alors que le virtuel ne nous offre que du sous-réel.  Par exemple, si je dis « Je vous salue Marie, pleine de grâce », je ne produis rien, je récite. Mais si je dis « Je vous salue Marie, qui marchez en tenant Jésus par la main », parce que je vois une image de la Vierge marchant avec Jésus qui a 3-4 ans, j’introduis une image à l’intérieur de la prière qui me rend vivant dans la prière. Demain nous serons capables d’avoir une vie inspirée avec des images qui vont nous habiter, nous enchanter, et nous faire vivre en haut ce que les avatars nous feront vivre en bas.  Vous avez fondé récemment la Communauté des croyants du parvis dont la base repose sur ces images inspirées. Quel est l’objectif de ce mouvement ? Son objectif est de dire : « Rassemblons-nous, et que nous soyons catholiques, protestants, orthodoxes, et aussi musulmans, bouddhistes, sommes-nous prêts à prendre la route des images inspirées dans une foi plus vivante ? » Je pense qu’il faut rafraîchir la foi, la renouveler, être habités par ce que nous invoquons, et non pas l’invoquer de façon seulement mécanique.  « Je vous salue Marie, pleine de grâce » cela n’évoque rien, c’est une répétition. Cela a déjà un rôle, celui de remplacer nos pensées agitées, nos pensées traumatiques (penser du mal de soi, des autres et du monde) par des pensées de prière. Mais il y a plus que prier pour seulement occuper son esprit à autre chose que penser du mal : il y a prier pour s’enchanter, pour rencontrer un peu à l’intérieur de soi Marie, Jésus, l’ange… tout une population invisible avec laquelle nous sommes en relation autant qu’avec le visible. Car si nous avons une sociabilité dans le visible avec les hommes, les animaux, les végétaux, nous avons aussi une sociabilité dans l’invisible avec Marie,

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Equipe de rédaction Reflets 10 janvier 2023 Aucun commentaire
Le jeûne et l’introspection
Equipe de rédaction Reflets

Le jeûne et l’introspection

  Après 15 ans de travail dans le milieu hospitalier, Natacha Vegara est devenue psycho praticienne. Formée à l’IFAPP, elle poursuit des études de psychanalyse et présente un mémoire de fin d’étude sur « les nourritures symboliques entre psyché et soma » évoquant le rapport de l’être humain avec la nourriture. Les habitudes culturelles familiales liées à l’enfance, de jeûner une journée par semaine, se poursuivent dans son quotidien. Depuis des années, Natacha ne prend ni petit-déjeuner ni déjeuner, commençant à manger à 17 h, essentiellement des fruits.  Grâce à vos recherches, que pouvez-vous dire sur le comportement de l’être humain en rapport à l’alimentation ? Nous retrouvons, dans la pulsion orale dite « normale » ou même celle pathologique, la recherche de sécurité et de lien qui ramène à l’attachement maternel par voie régressive et aux toutes premières séquences d’alimentation depuis la naissance. D’un point de vue transgénérationnel, nos parents sont porteurs de mémoire (guerre, famine, maladie). Quand le bébé pleure ou crie, très souvent la maman éprouve la nécessité de le nourrir ou le remplir par le sein ou le biberon sans connaitre fondamentalement son vrai besoin. Elle répond à ses angoisses personnelles et transgénérationnelles, en les transmettant à l’enfant. Le pédiatre, Donald Winnicott, évoque l’attention de la mère à l’enfant dans son livre La Mère suffisamment bonne ¹ soulignant l’importance de bien sentir les besoins de l’enfant. Le bébé a surtout besoin de contact et d’amour. Une maman ayant développé sa sensorialité par un travail intérieur augmente ses capacités de perception. Dans mon cabinet, sur le sujet alimentaire, je retrouve une angoisse de mort très prégnante chez de nombreuses mères. Quel est votre expérience du jeûne ? En lisant L’Art de jeûner²  du Dr Françoise Wilhemi de Toledo et  Le Jeûne³  de Gisbert Bölling, que je recommande pour les personnes souhaitant entamer un jeûne, j’ai compris que nous pouvions vivre jusqu’à 10 semaines avec un jeûne hydrique ; au-delà s’ensuit la possibilité de mourir. Dans nos « us et coutumes » nous pensons qu’il faut manger pour vivre et c’est une croyance qui génère des peurs, accentuant l’angoisse de mort et son effet nocébo. Ma période maximum de jeune est de 10 jours, toujours en buvant beaucoup d’eau et d’infusions. La détoxination est plus probante que sur 1 jour de jeûne par semaine. Dans les deux cas, le corps exprime divers symptômes: sueurs, palpitations, vertiges, tremblements, c’est tout à fait normal, et ces signes de détox s’allègent au fil de la pratique. Un jour de jeûne hebdomadaire est un cadeau qui libère du temps pour soi et l’introspection ou la méditation. Il rend plus léger et clarifie les idées car la digestion est un processus métabolique fatiguant que l’on évite ainsi.  ¹La Mère suffisamment bonne, Donald Winnicott  (The good-enough mother, 1953), éditions Payot, 2006. ²L’Art de jeûner, Dr Françoise Wilhelmi de Toledo, éditions Jouvence, 2015. ³Le Jeûne, Gisbert Bölling, Broché, 2004. Et votre expérience de pause pranique, réalisée avec Gabriel Lesquoy ? Gabriel est expérimenté et précis dans le suivi. Ancien infirmier de métier, il vérifie pendant la pause pranique, les paramètres vitaux physiologiques: tension artérielle, fréquence cardiaque, saturation, température, glycémie… Des angoisses d’effondrement proches de l’ambiance de l’enfance sont remontées. Un sentiment d’avoir eu des carences dans la stimulation de mon corps érotique depuis bébé, me voyant dans des frustrations de non-allaitement, de non-contact corporel avec ma mère. L’accompagnateur rassure, c’est salvateur. Les réguliers ateliers apaisent et les peurs de la mort et du morcellement s’estompent. Ces pratiques apportent ce qui a manqué pour une construction harmonieuse et équilibrée de l’être. Nous avons en nous des ressources insoupçonnées et le tiers aide à les trouver. Cela ne convient sans doute pas à tous car les croyances ancrées sont souvent limitantes. Gabriel connaît des personnes qui ont arrêté de manger spontanément, sans explication et sans démarche mais qui remangent  au bout d’un certain temps, rattrapées par l’anxiété de l’entourage et par le poids de la culture alimentaire. Comme si la grandeur dont on est capable nous impressionnait. Pour moi la nourriture pranique commence par le fait de manger en conscience dans une bonne ambiance. Ressentir l’énergie de l’amour et du partage est très nourrissant spirituellement. Ainsi les besoins de remplissage et de consommation diminuent et laissent de la place pour «pauser».

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Equipe de rédaction Reflets 1 décembre 2022 Aucun commentaire
Solaris, un véritable internet humain
Equipe de rédaction Reflets

Solaris, un véritable internet humain

Interview de  Fréderic Vidal, fondateur et porte-parole Solaris   Le réseau Solaris France est un «  Internet Humain » gratuit d’entraide et de solidarité qui commence dans le voisinage direct. Il fonctionne en arborescence au sein d’un maillage physique de toutes les personnes qui s’y joignent. Plus le maillage est étroit, mieux il fonctionne. Dans les temps difficiles que nous vivons, il va permettre de ne laisser personne demeurer isolé face à ses problèmes. Il se pourvoie de ses propres moyens de communication en cas de rupture des moyens traditionnels, et fonctionne organiquement grâce à une bonne circulation de l’information, sans hiérarchie, sans chef. La géographie de chaque territoire est maillée par des cellules qui se multiplient sans cesse, comme peuvent le faire les cellules du corps humain, pourvues de coordinateurs. Ces cellules ont une vision d’ensemble de la cellule géographique et veillent à son bon fonctionnement et des référents sont dépositaires de l’annuaire local. Chaque cellule est autonome, sans hiérarchie et reliée aux autres. Le système n’est pas basé sur l’échange commercial, ni sur le troc direct, ni même sur l’idée d’un échange de service. Il est basé sur la bienveillance envers chacun, et ce qui est donné à un endroit sera toujours rendu ailleurs en cas de besoin. Les fondateurs ne sont affiliés à aucune structure politique, religieuse ou autre, ni aucune société secrète. Ils ne reçoivent aucune rémunération, ni aucun avantage d’aucune manière de qui que ce soit. Créée en septembre 2021, Solaris s’étend très vite dans toute la France dans les semaines qui suivent, puis en Europe et dans d’autres pays. En seulement 9 mois, le réseau gagne 25 pays avec plus de 50 000 membres en France et 12 000 à l’étranger. De Rennes-le-Château dans la haute vallée de l’Aude, Fréderic Vidal est à l’origine de cette inspiration qui invente une nouvelle solidarité. Surpris par l’ampleur du mouvement, il consacre bénévolement tout son temps au développement du réseau. En l’écoutant se livrer avec passion sur son action avec Solaris et son espérance en l’avenir, cet homme d’une grande transparence donne le sentiment d’être à sa place sur Terre, au service des autres. « Je suis étonné d’être acteur tout en me sentant au rendez-vous », souligne-t-il. Quelle expérience vivez-vous avec Solaris ? Je pressentais les temps à venir, avec une nécessité d’une nouvelle manière de vivre et de se relier à l’autre. J’ai compris avec le premier confinement que l’heure était venue tout en sachant que c’était mûr dans ma région ; la surprise a été que cela le soit partout. Nous avons dû créer une logistique et des supports, site web, tutoriels et assumer ce travail gigantesque depuis le 25 septembre dernier ; les demandes qui ne cessent pas, comme dernièrement la République tchèque. La Nouvelle Zélande, à l’autre bout du monde, a un réseau Solaris. Un réseau russe, et un autre, américain, se préparent. Mon fonctionnement personnel  est basé sur l’observation afin de tisser des liens qui me donnent des axes. Nous avons compris avec d’autres associations, comme Réinfocovid de Louis Fouché, l’importance du maillage physique sur le terrain, véritable travail de fourmis sur tout le territoire jusqu’au fin fond des campagnes. J’ai imaginé dans Solaris le concept des tisseurs qui repèrent les autres réseaux pour créer des liens, en plus des coordinateurs de cellules qui s’adaptent en fonction du rural ou de l’urbain. Nous avons créé un réseau sans hiérarchie, mais le formatage de l’être humain fait qu’il tente souvent de la reproduire ou de l’attendre. Un travail intéressant  vers plus de souveraineté est nécessaire pour les membres qui doivent dépasser leurs programmations habituelles. Je leur propose de ne pas laisser la personne se débrouiller toute seule et cela se passe plutôt bien. La charte et l’esprit Solaris doivent être respectés, avec en corollaire aucune transaction commerciale, ni échange ni troc. L’important est de donner sans rien attendre, pour aller plus loin dans la reliance humaine et en cas de besoin, ce sera à notre tour de recevoir. Il s’agit de poser des connexions bienveillantes entre les gens. Des personnes découvrent leurs compétences cachées et prennent  confiance. Ils gagnent ainsi dans leur vie en souveraineté, un mot sur lequel j’insiste souvent, et certains dépassent leur histoire personnelle pour se revaloriser et se requalifier. Le concept du réseau est pensé aussi sous cet aspect.   Quelles sont les actions concrètes existantes dans Solaris ? Solaris, c’est donner un outil concret à l’homme pour concrétiser la solidarité. Malgré les querelles de villages, cela existait autrefois. Les agriculteurs connaissent ce fonctionnement. Nous avons maintenant un moyen technique, fractal sur le terrain, qui permet les reliances, exactement comme l’internet mais dans l’humain. Le système d’annuaire et le maillage des réseaux entre eux, avec tous leurs domaines d’expertise, permettent de répondre à n’importe quelle demande. L’idée est de rendre le service soi-même. Des ateliers sont créés pour des partages de savoir, un réseau radio existe, une cartographie des cellules a été réalisée grâce à la spontanéité des gens. L’approche survivaliste liée aux risques climatiques, d’effondrement sociétal ou de catastrophes naturelles est pour le court terme, l’idée est l’avenir après la tempête comme le marin qui passe le cap Horn. Dans ce contexte solidaire, il sera nécessaire que cette population soit reconnue et pose sa légitimité encadrée par l’Etat de droit. Nous travaillons aussi en ce sens, pour que cette population croissante, qui désire à présent vivre autrement que ce qu’on veut lui imposer par la force, ait cette légitimité, sans tomber surtout dans le piège des révolutions et de la violence. Le grand appel fait le 15 juin 2022 est basé sur l’intelligence collective du cœur, non connue par le monde politique. Quelles espérances pour le futur de la société et du réseau ? Je suis totalement convaincu que l’homme est particulièrement bienveillant, bon et fraternel envers l’autre ; c’est juste une société déviante qui l’a amené à être défiant et agressif. Dans les difficultés, ce n’est qu’une minorité qui réagit égoïstement, la majorité vient en aide à son voisin. Dans un lendemain très proche, quand il

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Equipe de rédaction Reflets 20 octobre 2022 7 commentaires
LA RENCONTRE VAUT LE VOYAGE
Equipe de rédaction Reflets

LA RENCONTRE VAUT LE VOYAGE 

Normalien de formation Denis Marquet est philosophe et écrivain. Il accompagne des êtres en quête du sens de leur existence et de leur accomplissement spirituel dans « La Voie du Christ » qu’il a fondé. Humble et atypique il trace une nouvelle forme de sagesse comme en témoignent ses deux essais sur « la véritable philosophie du Christ ».  Son dernier ouvrage Dernières nouvelles de Babylone aux éditions Aluna, traite avec humour de l’impasse dans laquelle s’engage notre société. Vous emmenez souvent des groupes dans des voyages, vous avez aussi des groupes résidentiels. Quel est l’intérêt d’emmener un groupe dans un lieu particulier? Il y a déjà l’intérêt du groupe lui-même. Je travaille dans une dimension christique, et une phrase du Christ résume la puissance du travail collectif : « Lorsque deux ou trois d’entre vous sont réunis en mon nom, je suis au milieu de vous ». L’unité du groupe crée un réceptacle qui permet à tous les participants de recevoir les grâces dont ils ont besoin dans le moment. Le simple fait de se réunir est donc essentiel. Ensuite, il y a le voyage en lui-même. Quel est l’intérêt du voyage ?  Il y en a au moins deux.  Le premier, c’est la perte de repère. Même si les voyages que j’anime sont bien organisés et encadrés, la confrontation à un contexte nouveau, et aussi la rencontre de personnes profondément différentes, permet un décentrement intérieur propice à une ouverture. Nos repères habituels et nos routines de vie créent une espèce de continuum qui peut nous enfermer. Or, la spiritualité, c’est d’abord l’ouverture au nouveau. Chaque fois que la grâce agit, elle crée du nouveau ; or, tout ce qui est routinier résiste au nouveau. Une perte de repère, même minime, ouvre une brèche dans l’individu. Quand celle-ci s’ajoute à la réceptivité créée par l’unité du groupe, l’ouverture est maximale.  Dans les voyages que j’anime, qui sont des voyages spirituels, il y a un deuxième intérêt : la rencontre avec des traditions spirituelles différentes de la nôtre. La vie spirituelle, de mon point de vue, est profondément une. Mais on peut la comparer à une sphère. Quelle que soit notre culture, religion ou spiritualité, on se trouve tous à la surface de la sphère et on regarde vers le centre. Deux personnes qui sont sur les deux faces opposées de la sphère pourront penser indiquer une direction opposée et se croire séparées mais, en réalité, elles pointent vers le même centre. Rencontrer des spiritualités différentes permet de se souvenir que, sur une voie spirituelle, on se dirige vers un centre qui transcende toutes les manières de l’appréhender. Cela crée, dans la rencontre avec l’autre, une profonde fraternité. Ces voyages sont-ils centrés sur la voie christique ou sur la confrontation avec d’autres traditions?  Les deux. L’enseignement que je donne est toujours d’inspiration christique mais la rencontre avec d’autres voies permet d’enrichir cette dimension. De mon point de vue, la voie du Christ a ceci de particulier qu’elle permet d’affirmer la vérité de toutes les autres voies. Quand Jésus dit : «Je ne suis pas venu pour abolir mais pour accomplir », que cette phrase peut s’entendre bien sûr par rapport à la loi juive, mais également par rapport à toutes les traditions du monde. Toute tradition spirituelle recèle une vérité qui est contenue dans l’enseignement du Christ. Par exemple, quand on se confronte à une voie animiste ou à un culte de la Déesse Mère, on rencontre une spiritualité de la terre qui est, non pas abolie, mais accomplie dans le culte marial. Ce n’est pas un hasard si les grands lieux de culte à Marie ont été fréquemment construits sur d’anciens sanctuaires où l’on adorait la déesse Mère. D’un autre point de vue, lors d’un voyage en Inde, nous avons passé deux jours sur les traces de Ramana Maharshi. Il méditait sur la question « Qui suis-je ? », sur le « Je suis ». Or, le pur « Je suis », sans attribut après le verbe, est affirmé sept fois par Jésus dans l’Evangile de Jean. Par ailleurs, un voyage en Ouzbékistan et la rencontre avec des maîtres soufis a permis à beaucoup de se réconcilier avec la spiritualité musulmane, ce qui est essentiel dans nos pays où des tensions avec l’islam peuvent exister. Dans la rencontre avec les spiritualités autres, l’ouverture de l’horizon féconde l’enseignement christique. Il ne s’agit pas de faire du syncrétisme spirituel, la démarche est plus profonde. Il s’agit de pouvoir entendre chaque affirmation spirituelle dans sa vérité en lui laissant prendre juste sa place à l’intérieur de soi. Et l’on se rend compte, alors, que la compréhension des enseignements du Christ en est approfondie. Est-ce que vous vous posez la question de l’aspect écologique des voyages, des problèmes d’avion, de carbone ? Est-ce que ça rentre dans vos préoccupations ?  Bien sûr, et je l’avoue, c’est une question que pour l’instant je n’ai pas résolue. J’ai passé les deux ans de la période Covid sans voyager, et je me suis senti très en paix avec le fait de ne pas prendre l’avion. Je ne sais pas encore si je vais reprendre l’animation des voyages. Il y a une partie de moi qui en a très envie, parce qu’il se passe des choses merveilleuses dans ces voyages, des rencontres magnifiques, des expériences spirituelles fortes chez les participants, et tout cela est une grande source de joie. Mais la question écologique me pose aussi problème. Il est certain qu’on peut décider, à partir d’un certain âge, quand on a beaucoup voyagé, de laisser la place aux jeunes. Pour les voyages de loisirs en tout cas, ça me semble être une bonne chose, et je songe vraiment à limiter fortement mes voyages touristiques et à beaucoup moins prendre l’avion. Pour ce qui est des voyages spirituels, je n’en suis pas tout à fait là dans ma réflexion, et je me sens encore dans l’aporie à ce sujet.     Pour lire l’article en entier Reflets n° 44 pages 19 à 21   Si cet article vous plait, pensez à faire un don.

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Equipe de rédaction Reflets 14 juillet 2022 Aucun commentaire
Charles Juliet

La vieillesse, l’âge du bilan, Charles Juliet

  Interview de Charles Juliet réalisé par Daniela Litoiu Poète, écrivain et dramaturge, Charles Juliet, né en 1934, a reçu le prix Goncourt de la poésie 2013 pour l’ensemble de son œuvre. En 2017, Grand Prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Quel est, selon vous, l’enjeu de la vieillesse dans une vie humaine ? Je crois que c’est l’époque d’un bilan. La vieillesse est, selon moi, le résultat de tout un cheminement. Si maintenant j’ai l’impression que je vis les plus belles années de ma vie, c’est parce que justement il y a eu cette lente progression, ce long cheminement pour me dépouiller de tout un tas de désirs, de tentations inutiles. C’est vrai qu’il y a en moi maintenant une certaine austérité qui n’est pas du tout voulue, fabriquée. Elle est simplement le résultat de ce qui a été vécu tout au long des années. On peut utiliser bien des mots. L’important c’est d’avoir vécu ce cheminement avec beaucoup de rigueur, d’honnêteté, de nécessité. Comme une forme de sobriété ? On peut utiliser bien des mots. L’important c’est d’avoir vécu ce cheminement avec beaucoup de rigueur, d’honnêteté, de nécessité. Qu’est-ce qui vous a aidé à préparer votre vieillesse, et qu’est-ce qui vous aide aujourd’hui à la traverser ? Il faudrait beaucoup de temps pour que j’énumère toutes les rencontres, toutes les lectures qui m’ont beaucoup aidé. Je crois que les plus fondamentales ce sont ces crises par lesquelles je suis passé. Elles m’ont conduit en moi, à ce qu’il y a, comme en chaque être, de plus indestructible. C’est dans la mesure où l’on vit le dedans du dedans, que le travail intérieur s’accomplit. Qu’est-ce qui, au cœur de la crise, vous a fait choisir le versant destructeur ou constructeur ? Il n’y a pas eu le moindre choix. J’avais à vivre ce qui m’était imposé. À aucun moment il n’y a eu un choix. C’était une nécessité intérieure qui m’a toujours enjoint de vivre avec une certaine rigueur. Que diriez-vous à quelqu’un qui aimerait être conseillé pour bien accompagner une personne âgée ? De quoi a-t-on besoin dans l’accompagnement quand on est âgé ? Il y a besoin de beaucoup d’humanité, de beaucoup d’amour pour aider. Il faut savoir comprendre par intuition ce qu’est l’autre, ce qu’ont été ses difficultés et aussi, sans doute, ses bonheurs. C’est par intuition qu’on arrive à s’approcher d’autrui, à l’écouter. On a souvent dit qu’écouter c’est un art. C’est très difficile d’écouter. Il faut être libéré de soi-même. J’ai beaucoup lu Tchouang-tseu qui est un penseur très ancien et qui parle de la nécessité de se vider de son moi. Il faut se vider de son ego et ne rien projeter, ne rien vouloir, être dans une humilité totale. Je dirai simplement : laisser sa vie se développer. Si on ne lui met pas des obstacles, elle s’écoule. Certains êtres sont dans une grande solitude. Ils n’ont peut-être jamais eu l’occasion de se livrer sans retenue. Je crois que dans les derniers moments d’une vie, certains êtres ont besoin de se libérer de leur solitude en se livrant totalement. J’ai été très frappé par Descartes qui dit : » Il faut rejoindre sa source, et là, se métamorphoser soi même.  » La pensée doit pénétrer en elle pour se libérer de ses entraves. Vous avez tenu pendant de très longues années un journal que vous avez publié. Est-ce que ce journal, cette forme de confession, vous a aidé dans votre chemin de connaissance de vous et du bien vieillir ? Oui bien sûr! Pour moi l’écriture a été quelque chose de fondamental. Je m’y suis engagé à fond et elle a fait partie intégrante de mon aventure. J’avais besoin pour me clarifier, de mettre par écrit ce que je pensais. Pendant longtemps je n’ai pas osé penser ce que je pensais. Quand on est soucieux de spiritualité, on se trouve à l’écart de ce que la société vous impose. Pour lire l’article en entier, Reflets n° 43 pages 58 à 59  

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Charles Juliet 10 mai 2022 Aucun commentaire
Nous avons interviewé Véronique Margron dans son bureau, au sein de la communauté de religieuses dominicaines à Paris, dont elle est la prieure provinciale. Elle reçoit beaucoup de monde. Elle a beaucoup écouté, en particulier les victimes d’abus sexuels dans l’Église. C’est ainsi qu’elle a été touchée, bouleversée par les témoignages des victimes. Puis en octobre 2021, le rapport de la Ciase, remis par M. Sauvé, l’a indignée par l’ampleur, le nombre, la systématisation de ces crimes. En tant que présidente de la Corref, elle n’a de cesse de tenter de réparer. https://www.viereligieuse.fr/ Quel est le rôle de la Corref par rapport aux abus sexuels dans l’Église ? Il y a plus de cinq ans, nous nous sommes demandé, avec la conférence des Évêques de France, comment nous allions essayer de faire face à l’ensemble de ces drames et de ces crimes ? Nous avons essayé de monter des formations internes pour les responsables religieux, pour les évêques, pour les prêtres. Nous avons vu, face à l’ampleur du phénomène qui commençait à s’avancer et devant l’extrême gravité du traumatisme pour les victimes, que nous étions incapables de faire face à un tel séisme. Faire travailler ensemble via un médiateur des victimes et des agresseurs Nous avons décidé la création d’une commission indépendante, la Ciase. La Corref est un des deux partenaires de l’Église de France avec la conférence des Évêques sur ces sujets, puisqu’il y a aussi des religieux impliqués (agresseurs comme victimes). Il y a de même toute la question des institutions religieuses, dont les écoles sous tutelle congréganiste. La lettre de mission à Monsieur Sauvé est signée du président de l’époque des évêques de France, Georges Pontier et moi-même. Qu’entendez-vous par justice réparatrice ? Comment on peut réparer ces crimes ? On doit réparer parce que c’est irréparable. Il faut partir de ce paradoxe. Personne ne répare l’enfance de quelqu’un. On aimerait bien mais personne ne sait faire ça. La justice réparatrice, est une longue démarche qui provient de toute la problématique de la justice restaurative, en particulier dans le monde anglo-saxon. On l’a vue à l’œuvre dans les crimes de masse, en Afrique du Sud, au Rwanda. L’important, c’est la prise en compte de la parole de la victime Nous avons choisi cette démarche puisqu’on est face à des crimes massifs. Si vous estimez qu’il y a 200 000 victimes des années cinquante à nos jours, même si vous en estimez 100 000, cela s’appelle un crime massif. Non un crime de masse parce que je ne veux pas croire que l’Église ait voulu cela. Par rapport à l’Afrique du Sud et au Rwanda, ce n’est pas un crime de masse, mais c’est bien un crime massif en termes de nombre et en termes de caractère systémique. La justice restauratrice ou restaurative, est une sorte de justice autre que la justice pénale qui malheureusement ne peut pas avoir lieu dans l’immense majorité des cas parce que les faits sont prescrits ou les agresseurs étant morts. La justice pénale met l’auteur au centre et la justice restaurative met la victime au centre. La question étant de savoir ce qui va pouvoir aider à la restauration de la victime. C’est une tout autre démarche qui peut être parallèle à la justice pénale quand celle-ci peut avoir lieu. L’important, c’est la prise en compte de la parole de la victime, c’est donner du crédit à son récit, manifester que nous prenons au sérieux ce qu’elle a subi et le mal qui a été commis. Le mal subi a des conséquences traumatiques qui durent très souvent toute la vie. À partir de là, avec la personne, nous cherchons ce qui aujourd’hui va l’aider à restaurer sa dignité, sa confiance en elle. Cela peut être de l’argent, des réparations plus d’ordre moral. Qu’est devenu l’agresseur ? a-t-il eu d’autres victimes ? Certaines veulent voir les archives de la congrégation et d’autres veulent parler à de jeunes religieux pour leur dire ce que ça fait. C’est la seule justice possible quand vous ne pouvez plus mettre en accusation l’agresseur. Dans cet aspect de la justice réparatrice, vous avez évoqué l’indemnisation, sur quelle base pouvez-vous indemniser ? Sur la base de la justice réparatrice c’est-à-dire sur une base avant tout individuelle (là encore de partir de la victime), en aucun cas sur la base d’un forfait. On sait que des faits qui pénalement seraient peu qualifiés (par exemple des attouchements) peuvent avoir des conséquences traumatiques aussi violentes qu’un viol répété. Donc, la question, c’est bien de partir de ce rapport difficile entre la réalité du mal commis par l’agresseur et la réalité du mal subi par la victime. Et il n’y a que la victime qui peut raconter le mal qu’elle a subi qui peut durer toute la vie. Nous n’avons pas de barème parce que, dans notre optique, tout cela se fait avec une commission indépendante qui fera médiation entre la victime et l’institut religieux concerné. On ne peut pas être juge et partie. La Ciase nous a aussi appris cela : Le médiateur doit obtenir l’accord de l’institut. À la fin de la médiation, il faut que la victime se sente intégralement respectée mais aussi que l’institut se sente aussi respecté pour adhérer à la proposition parce que personne ne peut obliger l’institut religieux à quoi que ce soit. Tout repose sur l’intelligence des médiateurs. Commission Reconnaissance et réparation : https://www.reconnaissancereparation.org/ Cela va concerner combien de victimes ? Nul ne le sait. Si on se fie aux projections de l’Inserm, les victimes de prêtres et religieux/ses sont environ 200 000, plus ou moins 50 000. La Ciase a eu des contacts avec 5/6 000 personnes. Personne ne peut dire combien nous allons recevoir de personnes. Tout dépend de la façon dont les gens – et les victimes donc - vont avoir accès à l’information, surtout ceux qui sont loin de l’Église ; parce que pour celles que nous connaissons, l’information circule. La commission des Évêques est indépendante ? Qui la compose ? Oui, elle est indépendante. Pour la commission des religieux, c’est Antoine Garapon, ancien magistrat, ancien membre de la Ciase, spécialiste de la justice restaurative. Du côté de la conférence des Évêques, c’est Marie Derain de Vaucresson qui a été défenseuse des enfants dans la structure des défenseurs des droits.
Equipe de rédaction Reflets

FAIRE JUSTICE POUR LES ABUS SEXUELS DANS L’ÉGLISE

  Nous avons interviewé Véronique Margron dans son bureau, au sein de la communauté de religieuses dominicaines à Paris, dont elle est la prieure provinciale. Elle reçoit beaucoup de monde. Elle a beaucoup écouté, en particulier les victimes d’abus sexuels dans l’Église. C’est ainsi qu’elle a été touchée, bouleversée par les témoignages des victimes. Puis en octobre 2021, le rapport de la Ciase, remis par M. Sauvé, l’a indignée par l’ampleur, le nombre, la systématisation de ces crimes. En tant que présidente de la Corref, elle n’a de cesse de tenter de réparer. https://www.viereligieuse.fr/ Quel est le rôle de la Corref par rapport aux abus sexuels dans l’Église ? Il y a plus de cinq ans, nous nous sommes demandé, avec la conférence des Évêques de France, comment nous allions essayer de faire face à l’ensemble de ces drames et de ces crimes ? Nous avons essayé de monter des formations internes pour les responsables religieux, pour les évêques, pour les prêtres. Nous avons vu, face à l’ampleur du phénomène qui commençait à s’avancer et devant l’extrême gravité du traumatisme pour les victimes, que nous étions incapables de faire face à un tel séisme. Faire travailler ensemble via un médiateur des victimes et des agresseurs Nous avons décidé la création d’une commission indépendante, la Ciase. La Corref est un des deux partenaires de l’Église de France avec la conférence des Évêques sur ces sujets, puisqu’il y a aussi des religieux impliqués (agresseurs comme victimes). Il y a de même toute la question des institutions religieuses, dont les écoles sous tutelle congréganiste. La lettre de mission à Monsieur Sauvé est signée du président de l’époque des évêques de France, Georges Pontier et moi-même. Qu’entendez-vous par justice réparatrice ? Comment on peut réparer ces crimes ? On doit réparer parce que c’est irréparable. Il faut partir de ce paradoxe. Personne ne répare l’enfance de quelqu’un. On aimerait bien mais personne ne sait faire ça. La justice réparatrice, est une longue démarche qui provient de toute la problématique de la justice restaurative, en particulier dans le monde anglo-saxon. On l’a vue à l’œuvre dans les crimes de masse, en Afrique du Sud, au Rwanda. L’important, c’est la prise en compte de la parole de la victime Nous avons choisi cette démarche puisqu’on est face à des crimes massifs. Si vous estimez qu’il y a 200 000 victimes des années cinquante à nos jours, même si vous en estimez 100 000, cela s’appelle un crime massif. Non un crime de masse parce que je ne veux pas croire que l’Église ait voulu cela. Par rapport à l’Afrique du Sud et au Rwanda, ce n’est pas un crime de masse, mais c’est bien un crime massif en termes de nombre et en termes de caractère systémique. La justice restauratrice ou restaurative, est une sorte de justice autre que la justice pénale qui malheureusement ne peut pas avoir lieu dans l’immense majorité des cas parce que les faits sont prescrits ou les agresseurs étant morts. La justice pénale met l’auteur au centre et la justice restaurative met la victime au centre. La question étant de savoir ce qui va pouvoir aider à la restauration de la victime. C’est une tout autre démarche qui peut être parallèle à la justice pénale quand celle-ci peut avoir lieu. L’important, c’est la prise en compte de la parole de la victime, c’est donner du crédit à son récit, manifester que nous prenons au sérieux ce qu’elle a subi et le mal qui a été commis. Le mal subi a des conséquences traumatiques qui durent très souvent toute la vie. À partir de là, avec la personne, nous cherchons ce qui aujourd’hui va l’aider à restaurer sa dignité, sa confiance en elle. Cela peut être de l’argent, des réparations plus d’ordre moral. Qu’est devenu l’agresseur ? a-t-il eu d’autres victimes ? Certaines veulent voir les archives de la congrégation et d’autres veulent parler à de jeunes religieux pour leur dire ce que ça fait. C’est la seule justice possible quand vous ne pouvez plus mettre en accusation l’agresseur. Dans cet aspect de la justice réparatrice, vous avez évoqué l’indemnisation, sur quelle base pouvez-vous indemniser ? Sur la base de la justice réparatrice c’est-à-dire sur une base avant tout individuelle (là encore de partir de la victime), en aucun cas sur la base d’un forfait. On sait que des faits qui pénalement seraient peu qualifiés (par exemple des attouchements) peuvent avoir des conséquences traumatiques aussi violentes qu’un viol répété. Donc, la question, c’est bien de partir de ce rapport difficile entre la réalité du mal commis par l’agresseur et la réalité du mal subi par la victime. Et il n’y a que la victime qui peut raconter le mal qu’elle a subi qui peut durer toute la vie. Nous n’avons pas de barème parce que, dans notre optique, tout cela se fait avec une commission indépendante qui fera médiation entre la victime et l’institut religieux concerné. On ne peut pas être juge et partie. La Ciase nous a aussi appris cela : Le médiateur doit obtenir l’accord de l’institut. À la fin de la médiation, il faut que la victime se sente intégralement respectée mais aussi que l’institut se sente aussi respecté pour adhérer à la proposition parce que personne ne peut obliger l’institut religieux à quoi que ce soit. Tout repose sur l’intelligence des médiateurs. Commission Reconnaissance et réparation :    https://www.reconnaissancereparation.org/ Cela va concerner combien de victimes ? Nul ne le sait. Si on se fie aux projections de l’Inserm, les victimes de prêtres et religieux/ses sont environ 200 000, plus ou moins 50 000. La Ciase a eu des contacts avec 5/6 000 personnes. Personne ne peut dire combien nous allons recevoir de personnes. Tout dépend de la façon dont les gens – et les victimes donc – vont avoir accès à l’information, surtout ceux qui sont loin de l’Église ; parce que pour celles que nous connaissons, l’information circule. La commission des Évêques est indépendante ? Qui la compose ? Oui, elle est indépendante. Pour la commission des religieux, c’est Antoine Garapon, ancien magistrat, ancien membre

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Equipe de rédaction Reflets 18 avril 2022 Aucun commentaire
Rania Talbi

Accompagner la fin de vie, Rania Talbi

  Accompagnatrice de la fin de vie indépendante depuis plus de 10 ans. De confession musulmane, membre de la confrérie soufie Alawiyya, elle suit l’enseignement du cheikh Khaled Bentounès, qui porte inlassablement dans le monde le message du vivre ensemble en paix. Pourriez-vous nous dire en quoi consiste votre activité ? J’accompagne à domicile des personnes en fin de vie, essentiellement des personnes âgées. J’aime le contact humain et j’ai un très bon relationnel avec les personnes âgées. Je les estime lésées en France quant à la place qui leur est accordée. Ce n’est pas du tout le cas dans la tradition algérienne dans laquelle j’ai grandi. Vous suivez personnellement un chemin spirituel. Pourriez-vous nous dire si ce chemin vous aide dans vos accompagnements ? Je fais partie d’une voie soufie la Tariqa Alawiyya, ayant comme Maître le Cheikh Bentounès depuis 1979. Ce chemin nous enseigne des valeurs et développe des qualités humanistes en nous. Selon l’enseignement du prophète Mohamed, il ne suffit pas d’avoir la foi, mais il faut que l’action aille de pair : le bel agir. On pense, on parle et on agit de la même façon. Je ne peux pas prétendre être complètement dans cette équation 24h sur 24, mais c’est cet enseignement que j’essaie d’appliquer quotidiennement, notamment en redonnant espoir à des personnes âgées qui sont en fin de vie. Je fais au mieux pour qu’elles soient paisibles et sereines. Vous accompagnez des personnes âgées depuis de nombreuses années. Quel est, selon vous, l’enjeu de la vieillesse ? Pour moi l’enjeu est d’être paisible et entouré. Le plus important pour une personne âgée en fin de vie est l’amour et l’attention qui l’entourent. Même si ce n’est pas au quotidien, car souvent les proches travaillent et sont peu disponibles; un contact humain régulier chargé de ces émotions de tendresse, d’affection, est essentiel. Les personnes âgées ont besoin de beaucoup d’écoute. Elles aiment souvent raconter leur vie. Je ne me lasse pas de les écouter, même si parfois j’entends dix fois dans la journée la même chose. Quand elles le racontent avec plaisir, on sent qu’elles revivent l’anecdote, et donc je prends tout autant de plaisir à les écouter. Qu’avez-vous appris de ces accompagnements ? J’ai appris le don de soi, l’écoute, une grande ouverture. J’essaie de trouver un chemin d’accès pour communiquer avec ces personnes en fonction de ce qu’elles aiment ou ont pratiqué. J’essaie de recréer avec elles de petits bonheurs quotidiens. Quand j’y arrive, en rentrant le soir, je me dis que j’ai fait quelque chose d’utile dans ma vie. C’est très gratifiant même si cela est dur physiquement et psychologiquement. Qui sont les personnes que vous accompagnez ? J’accompagne des personnes de tous horizons et de toutes religions. Il y a une prépondérance de personnes chrétiennes. Chez les musulmans, les parents sont gardés au domicile de leurs enfants le plus longtemps possible. C’est très mal vu et très mal vécu de laisser ses parents âgés seuls. Pensez-vous qu’une vieillesse juste peut se préparer ? Oui. Avoir une vie intérieure aide beaucoup. La spiritualité aide dans l’épreuve. Je constate que les personnes qui ont une vie spirituelle ou une foi traversent plus facilement l’épreuve de la vieillesse et de la fin de vie. Parfois, certaines personnes âgées ont une ouverture spirituelle sans le savoir. Mon propre ancrage spirituel m’aide beaucoup dans l’accompagnement, car cela me donne de la confiance et des repères. Même un minimum de spiritualité aide la fin de vie. On peut se préparer par des bilans de vie réguliers et par un détachement progressif de la matière. Un sage disait  : « Travaille pour ce monde comme si tu devais vivre éternellement et travaille pour l’Au-delà comme si tu devais mourir demain ». Que diriez-vous aux personnes qui ont peur de vieillir ? Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 43 pages 56 à 57

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Rania Talbi 12 avril 2022 Aucun commentaire
Equipe de rédaction Reflets

L’aventure de vieillir

  Marie de Hennezel, psychologue et psychothérapeute, est connue pour son engagement à l’amélioration des conditions de la fin de vie Elle a travaillé pendant dix ans dans la première unité de soins palliatifs de France, créée en 1987 à l’Hôpital international de la Cité Universitaire de Paris. Depuis une dizaine d’années, elle contribue au changement de l’image du vieillir et du grand âge dans notre société.  Dans un de vos livres récents, vous constatez un lien avec l’invisible chez les enfants jusqu’à 7/8 ans et à l’autre extrémité de l’existence, le vieillard semble retrouver cette faculté. De quoi s’agit-il ? C’est un constat. Je n’ai pas vraiment de théorie parce que je pense qu’on n’en sait pas assez. En vieillissant, on voyage vers son intériorité. Si on continue à investir l’homme extérieur, on va vers un vieillissement malheureux parce qu’on ne peut pas trouver dans l’extérieur l’épanouissement. Aller vers soi-même, ce n’est pas se replier sur soi, c’est aller dans les profondeurs. Et dans les profondeurs, on touche à quelque chose qui échappe à la pure rationalité. Les personnes âgées ont des perceptions beaucoup plus aiguës, beaucoup plus fines que bien des jeunes.  J’ai eu des témoignages de personnes qui me disent à quel point elles apprécient la nature différemment que quand elles étaient plus jeunes, qu’elles voient des choses qu’elles ne voyaient pas plus jeunes. Il y a une sensualité, une sensorialité et l’intuition qui se développent en vieillissant. Je n’ai pas d’explication autre que le fait qu’avec l’âge, on désinvestit l’extérieur et on investit l’intérieur. Je l’observe chez quasiment tout le monde. Il y a des personnes qui essaient de s’accrocher désespérément à l’homme extérieur et qui, très vite, se rendent compte que c’est une voie sans issue. Quand on devient plus vulnérable et très fragile, l’espace se rétrécit, c’est là, que, peut-être par compensation tout simplement, les facultés psychiques de sentir ce qui se passe autour, d’être plus disponible aux autres, font que l’on voit avec le cœur, là où peut-être avant on raisonnait, dans le sens de la raison. On essayait de comprendre, d’expliquer et là on saisit les choses immédiatement avec le cœur.  Pourrait-on dire que la vieillesse est une préparation à la rencontre avec l’invisible ? Cela voudrait dire que les jeunes n’ont pas de rapport avec l’invisible, ce qui est faux. Il y a des tas de jeunes qui ont lien avec l’invisible. La vieillesse le favorise, mais il y a des jeunes qui ont cette perception, cette sensibilité, cette hyper sensibilité. La vieillesse, c’est plutôt une préparation à la mort. C’est quitter le monde du visible pour entrer dans un monde que l’on ne voit pas. Quel est le véritable enjeu de la vieillesse ? Si on a la chance de vieillir, parce que tout le monde n’a pas cette chance, je pense toujours à Christiane Singer qui me disait, avant de mourir (elle est morte à 64 ans) « comme j’aurais aimé vieillir pour bercer le monde ! ». Ce n’est pas donné pour rien l’âge, c’est pour nous permettre d’explorer encore plus le sens de notre existence, pour s’approfondir, pour aller au bout de soi-même, pour s’accomplir. Il y a des gens qui font ce chemin-là. En six mois, Christiane a fait le chemin que d’autres feront en trente ans. Quand on est gravement malade et que l’on a peu de temps devant soi, on voit des gens qui font un processus d’individuation, c’est comme ça que Jung appelle cette tâche qui donne du sens à la vieillesse : s’individuer. Aller au bout de soi-même, aller au bout de ses malheurs, terminer la tâche que l’on a sur terre parce que l’on a chacun une tâche, un mandat céleste qui est personnel. Le temps qui nous est donné de vivre est là pour nous permettre d’accomplir ce mandat.  Comment bien accompagner un vieillard ? Le meilleur accompagnement, c’est de les écouter parce que j’ai remarqué que les personnes très âgées se sentent extrêmement seules. Personne ne s’intéresse à ce qu’elles vivent de spécifique. Je fais partie d’un mouvement citoyen, le Comité national autoproclamé de la vieillesse. Nous voulons justement montrer que les vieux veulent que l’on s’intéresse à eux parce qu’ils ont une expérience particulière et qu’ils n’ont pas cette image déficitaire, incapacitaire que nous avons de la vieillesse.  J’aime beaucoup la définition du professeur Jacquard qui disait que « vieillir c’est vivre les mêmes choses autrement ». Bien sûr, je saute moins haut, je cours moins vite et tant que je peux fabriquer des émotions nouvelles en moi, m’enrichir au contact des autres, enrichir les autres, je suis vieux au sens africain, quelqu’un vers qui on vient comme vers une source. Il faut accepter le vieillissement du corps. Mais tout n’est pas destiné à vieillir. Tant que je peux fabriquer des émotions nouvelles, cela veut dire que notre être émotionnel, notre être sensible vit des émotions nouvelles. Tout n’est pas derrière soi, on découvre. C’est quelque chose que j’entends souvent chez les personnes âgées, nous découvrons des choses nouvelles : un autre regard sur les autres, même sur nous-mêmes, sur la vie. Contrairement à tout ce que les gens croient, la vieillesse est pleine de nouveautés. Ça met l’accent sur l’importance du lien et la personne âgée a quelque chose à donner aux autres de sa présence, de son être. Elle n’est plus utile au niveau du faire. Aider un vieillard, c’est d’abord l’écouter, parce que souvent, il nous parle de son expérience. En l’écoutant, on lui permet de retrouver son estime de soi et, pour cela, il faut que l’on s’intéresse à ce qu’il vit. S’asseoir à ses côtés et lui dire : « Parle-moi, raconte-moi comment tu vois les choses à ton âge ». Tout ce que je vous dis, je ne l’ai pas inventé. J’ai entendu les personnes âgées à côté desquelles je me suis assise dans le groupe de parole que j’ai créé, dans des résidences de personnes âgées autonomes, qui s’appelle L’aventure de vieillir. Le mot aventure montre bien que c’est intéressant.   Dans les structures

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Equipe de rédaction Reflets 6 avril 2022 Aucun commentaire
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Reflets n°58

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Reflets n°58

Revue Reflets n°58

JANVIER / FEVRIER / MARS 2026

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