
Qui ne connaît pas Guy Gilbert,
dit « le prêtre des loubards » ?
Un parcours magnifique
au profit des jeunes « révoltés, paumés, marginaux » blousons noirs qui ont comme seule loi celle de la rue, c’est-à-dire celle du plus fort qui « baise le plus faible ».
Nous le rencontrons dans le domaine qu’il a créé, la Bergerie de Faucon, à l’entrée des gorges du Verdon. Depuis la Covid, il demeure là en permanence, dans un joli chalet en fuste (rondins empilés) qui surplombe la propriété de 5 hectares.
De sa terrasse, il peut voir tout ce qui se passe.
Les gars, les éducateurs, les animaux et la beauté du paysage. Juste à côté du chalet, l’enclos des sangliers où grogne un énorme mâle qu’il affectionne particulièrement.
Faut dire que Guy Gilbert a 90 ans.
Il a passé la main à un directeur qui continue son œuvre avec une équipe d’éducateurs. Ce matin, il est brièvement descendu de sa chambre, trop fatigué pour faire sa promenade quotidienne. Cet après-midi, son assistant lui rappelle qu’il a une visite. Cela lui donne de l’entrain et il nous reçoit sur sa terrasse, au soleil doux de l’automne méridional.
Il apparaît, en bonne forme physique, heureux d’avoir de la visite.
Quand nous lui faisons part des kilomètres parcourus pour venir le voir, il est tout ému. Avant toute question, il s’intéresse à nous avec beaucoup d’attention. Notre couple, depuis quand ? Notre âge, nos difficultés de vie, la revue Reflets, notre santé. À la fin de l’entretien, il nous bénit, nos six mains enlacées.
Le père Guy Gilbert est fier de ce qu’il a réalisé dans son existence,
il nous raconte son parcours, et nous le complétons par des extraits de son livre Des loups dans la bergerie .
– C’est une histoire extraordinaire… !
Je suis entré au séminaire à 13 ans,
puis je suis parti en Algérie. J’ai été réformé pour la guerre. J’ai refusé la réforme pour la donner à un gars qui m’avait dit : « Mon enfant va naître dans deux mois, je ne pourrai pas le voir ! » Et voilà, j’ai fait la guerre d’Algérie, comme un film. Ça a été très important pour moi et très difficile. J’ai refusé la torture, j’ai été mis en prison, muté ensuite dans une compagnie très dure. Puis, toujours en Algérie, le diocèse m’a envoyé dans un village où, en tant que prêtre-éducateur, j’étais avec des jeunes qui travaillaient au sein de nombreux ateliers et j’ai été bien accepté !
Un jour, un car est arrivé avec 25 délinquants.
Le type m’a vu et m’a dit : « Tu es fait pour la rue toi ; moi je vais démissionner, tu vas prendre ma place » ; comme ça ! Ensuite je suis parti du diocèse d’Alger au diocèse de Paris, et j’ai vécu une vie d’aventure avec les loubards parisiens. Ah, très passionnant !
Qu’est-ce qui t’a le plus enchanté avec eux ?
– Oh, leur misère.
Et puis faire ce lieu de vie ici dans les Alpes-de-Haute-Provence. T’as vu comme c’est beau ?
Ses yeux pétillent en évoquant ses souvenirs.
Il continue :
– Il y a 50 ans, en 1974, un gars m’a dit : « Achète une ruine, y en a marre de Paris, on la retapera. » Et j’ai acheté une ruine grâce au don d’une dame de Clermont-Ferrand, pile le prix demandé !
Je n’ai rien fondé, rien créé. J’ai écouté simplement un appel fort, fait de rêves apparemment irréalisables. Ce sont
les jeunes, paumés, voyous, qui m’ont bouté hors de Paris. En me faisant acheter Faucon, ils m’imposaient une ruine. Sur le coup, j’ai douté. Mais l’éloignement des cités était à ce prix. Il fallait absolument fuir drogue, alcool, agressivité, incompréhension.
Partir du désir des jeunes de quitter leurs lieux de débauche et de délinquance, c’est quelque chose de sain. « Bâtir » quelque chose à eux, pour eux, avec eux est autrement plus constructif que de leur fournir manoirs ou chaumières, qu’ils s’amuseront souvent à détruire. Quand ce n’est pas « leur » affaire, les jeunes souillent et cassent. (Extrait page 34)
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Puis, avec les droits d’auteurs des premiers livres
que j’ai écrits, et les bienfaiteurs qui sont venus aussi, on a pu construire.
Ce sont les jeunes qui ont mis la main à la pâte pour construire, avec des maçons d’ici. Je venais tous les mois passer un week-end avec eux, et ils ont construit la maison ! C’était extraordinaire. Des dizaines d’éducateurs ont également participé à la construction. Vous avez vu comme la maison est belle ! Le vœu des gars et des filles
était exaucé : « La baraque, pas en béton ! Les murs seront en pierre. » (Extrait page 39)
C’était un bon travail, très dur aussi.
Et puis il n’y avait pas un arbre, j’en ai planté… J’ai mis quelques animaux, j’ai constaté l’attrait particulier de nos jeunes pour les bêtes. Ce peuple de souffrants que je porte dans mon cœur depuis tant d’années m’est apparu très vite exceptionnellement proche de la bête. (Extrait page 101).
Ce fut le début de la zoothérapie. Le travail est remarquable et positif. J’en ai bavé. D’Algérie à ici, ça a été une différence énorme, j’étais très bien en Algérie… !





