
Pierre Lunel codirige aux éditions First, avec le romancier Didier Van Cauwelaert,une collection intitulée « Les témoins de l’extraordinaire ».
Pierre Lunel est auteur de romans historiques, biographies, essais. Il a écrit sur de nombreuses personnalités qu’il a cotoyées : l’abbé Pierre, sœur Emmanuelle, Amma, père Pedro…
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Il se trouve d’innombrables formes de passion…
Rares sont les thèmes qui suscitent autant de « passion » que celui-ci…
Elle inspire romanciers, poètes, philosophes et artistes depuis la nuit des temps. La passion amoureuse, sa forme la plus courante, est née avec l’être humain et j’ignore si elle est la cause ou la conséquence du péché originel. Elle se révèle en tout cas comme sa version la plus émouvante, la plus fascinante, la plus tragique et la plus désirable. La plus incomplète et la plus décevante par son exaltation sans égale, sa frustration, son manque et son échec…
La passion comme finalité d’un amour ?
Ou comme la fin d’une illusion d’amour ? Sans doute aussi un chemin initiatique et une alchimie quand l’échec de
la passion débouche parfois sur la découverte de l’amour vrai. Seul l’Amour vrai est une passion et la « passion » est sa caricature ou son initiation incontournable…
La passion n’est pas seulement amoureuse,
elle est aussi multiforme. Elle irrigue l’être humain en son entier. En toutes ses facettes. Elle se révèle ainsi le moteur, l’inspiration, le fluide et la grâce qui donnent à la vie son charme ineffable. Hormis le champ amoureux où elle peut désenchanter, elle est positive et créatrice. Elle INSPIRE… Par elle, jaillit une forme de grâce, de supplément d’âme.
Elle décuple nos forces jointes, corps, esprit et âme. Elle nous permet d’aller au-delà. Au-delà de nos limites et de nous-même. La passion nous permet de vaincre la peur, la lâcheté, le désespoir, l’impuissance, la sottise. Elle permet de voir la finitude dans un inachevé qui se répète et qui nous porte plus loin. Toujours plus loin…
La passion se moque du futur qu’elle ne maîtrise pas
Je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’une prédisposition génétique
pour que la passion se manifeste et nous embrase. Tout un chacun peut y accéder à la condition de demeurer ouvert dans une acceptation de ce qui survient. Parfois d’une manière si dissimulée et si surprenante qu’il faut un soupçon
de candeur et de naïveté pour l’accepter.
Il y faut finalement une âme d’enfant,
celle qui permet d’être tout entier au présent et laisser de côté le futur. La passion se moque du futur qu’elle ne maîtrise pas. Elle aime entrer dans le cœur des gens par effraction et d’une manière ingénue. Mais aussi polie soit-elle, elle nous investit totalement.
Elle dévoile nos possibles
à nos sens et à notre intelligence, incapables de sentir et de comprendre au-delà. Elle nous relie à une forme
d’infini qui d’ordinaire nous échappe. Si le Divin existe, elle nous le fait toucher du doigt. Un doigt capable de toucher d’autres consciences que la nôtre.
Elle abolit l’espace et le temps
et, par elle, nous avons parfois l’intuition lointaine de ce que doit être l’infini. Parfois c’est un torrent qui nous tombe dessus et c’est par exemple une révélation ou une vocation… Elles sont irrésistibles d’emblée… Parfois elle entrouvre le rideau timidement et entre à pas feutrés sans vouloir déranger, presque en s’excusant…
Elle demande à faire connaissance
celui ou celle qu’elle visite… Elle entre délicate, presque hésitante, elle ne s’impose pas, elle se propose… À vous d’en décider…
Ma « passion » à moi a frappé à ma porte
des deux façons. Comme si elle était double… Elle s’est d’abord perdue ne sachant comment répondre à mes impatiences d’enfant et d’adolescent. Déçue sans doute de se sentir impuissante devant mes exigences et mes
désirs trop grands, elle a alors laissé sa juste place à la souffrance.
Je l’ai acceptée difficilement,
non sans révolte mais je l’ai acceptée. Sans doute avait-elle déjà semé dans mon cœur d’écorché vif quelques gouttes de cet élixir de vie qu’on appelle l’enthousiasme. Cet enthousiasme est sans nul doute le premier effet de la passion acceptée, sans qu’on sache qui elle est ou ce qu’elle est… sans cette peur consécutive à ce qui est nouveau et étrange. Cet enthousiasme est la sève commune à tous les passionnés. Un fil conducteur.
Semblable à l’allumette qui allume le feu. Cet enthousiasme, on le reconnaît, on l’apprivoise, on le caresse, on l’arrose. Amoureusement. On sait qu’il est précieux. Il est comme ce feu pour lequel nos lointains ancêtres faisaient la guerre car s’il s’éteignait, on mourrait…
François d’Assise et Jean Valjean m’ont fait rêver plus encore qu’Alexandre et César
L’enthousiasme m’est arrivé, enfant, en admirant ce qui me paraissait être beau : de belles vies, de beaux gestes, des sacrifices, de belles attitudes. Ce qui me paraissait bon me paraissait beau. La bonté, les mots et les actes qui la traduisent me suscitaient une émotion sans pareille.



