
Xavier Accart est journaliste, écrivain. Rédacteur en chef du magazine Prier, il anime l’émission « À l’école de la prière » sur Radio Notre-Dame.
Vous avez publié il y a trois ans L’Art de la prière, 50 méthodes éprouvées pour faire l’expérience de Dieu. Comment vous sont venus l’idée et l’élan d’entreprendre cette recherche et écrire ce livre ?
J’ai écrit le livre que j’aurais aimé lire il y a 20 ans quand je ressentais le désir de prier et je ne savais pas comment faire. J’étais un peu comme le personnage de la cosmonaute dans le film d’Alfonso Cuaron : Gravity qui, suite à un accident spatial, se retrouve en imminence de mort et s’exclame : « Je voudrais prier mais personne ne m’a appris à prier. »
Plusieurs choses ont convergé vers la décision d’écrire ce livre : je suis devenu rédacteur en chef du magazine Prier et en même temps j’ai créé une émission sur Radio Notre-Dame : À l’école de la prière. Les rencontres faites à travers ces deux activités m’ont permis d’approfondir cette recherche d’un art de la prière.
À la base, je suis un chercheur. J’ai souhaité écrire un livre clair et documenté pour retransmettre tout ce patrimoine spirituel qui est très largement ignoré dans le monde catholique. Cela m’a pris une dizaine d’années. C’était une recherche intellectuelle mais aussi existentielle. J’ai interrogé un certain nombre de personnes dont les témoignages figurent également dans le livre aux côtés des grandes figues de la spiritualité chrétienne. J’ai bien évidemment expérimenté pour moi-même différentes formes de prière.
Quel a été l’impact sur vous de cette recherche ?
Ma recherche et mon expérience personnelle
au sujet de la prière ont précédé de beaucoup l’écriture du livre. En l’écrivant, il y a eu bien évidemment une porosité entre ce que je découvrais et ma vie. Par exemple, j’ai intégré à la pratique les métanies de la tradition orthodoxe comme une manière de mise en route par le corps pour entraîner l’âme dans la prière.
J’ai découvert également
l’importance du Journal spirituel que j’aimerais bien plus intégrer à ma vie. Il s’agit de noter au quotidien brièvement, sans s’épancher, les différentes résonances du jour en nous de la parole de Dieu. En les notant au quotidien, un fil, une direction pour notre vie intérieure se dégage à la relecture. C’est une tradition spirituelle que l’on retrouve chez sainte Élisabeth de La Trinité ou chez Pierre Favre, un des fondateurs des jésuites, et chezbien d’autres figures chrétiennes.
La psalmodie, une véritable découverte pour moi,
fait aussi partie des expériences qui m’ont marqué et que je tente de mettre dans ma pratique. J’ai fait publier aux éditions du Cerf une recherche du moine bénédictin Anselm Grün avec qui je suis en contact sur les techniques des Pères de l’Église pour faire de la psalmodie une voie contemplative. Il va même jusqu’à dire que cette cantillation entrecoupée et pénétrée de silence conduit plus loin dans le recueillement que la simple méditation silencieuse.
Si cet article vous plaît, pensez à faire un don.
Le fonctionnement du site a un coût. Il n’y a pas de publicité.
Vous avez un bouton « don » sur le côté.
Merci de votre participation quel que soit le montant.
Prier est une pratique assez intime que l’on n’affiche pas aisément. Qu’observez-vous quant à l’actualité de la prière dans le monde bien profane dans lequel nous vivons ?
La prière personnelle a une dimension intime, en effet.
Mais dans la tradition chrétienne, pour que cette prière personnelle soit juste, qu’elle ne soit pas seulement subjective, elle doit rester connectée à la prière liturgique qui est une prière communautaire que l’on pourrait qualifier d’objective. La prière liturgique, comme la vertu de foi, nous aide à sortir de l’orbite de notre moi pour s’ouvrir au Tout-Autre.
Dans notre paroisse,
il y avait une jeune femme qui au départ n’était pas baptisée et, ressentant un fort désir de prier mais ne sachant pas comment faire, s’adressait à… la lune ! C’est ainsi qu’elle est rentrée dans la vie de prière et aujourd’hui est devenue chrétienne et carmélite.
Ma conviction est que l’humain est un être de prière,
qui s’ignore parfois. La prière est inscrite en lui. L’humain n’est pas lui-même sa propre origine. Dans sa dimension de créature il reçoit son être et sa vie d’ailleurs, de Celui qui nous donne « l’être, le mouvement et la vie », comme dit saint Paul. La prière, dans son sens le plus profond, est cette relation à notre origine, à notre Créateur. Elle est méconnue mais elle est vivante dans nos profondeurs. Notre conscience est tournée vers l’extérieur et tellement assourdie par le bruit extérieur qu’elle perd le contact avec ce mystère. La prière, dans un sens plus commun, c’est cette activité volontaire et consciente dont la finalité est de laisser émerger cette relation qui nous précède. Nous avons à nous ouvrir à ce mystère profond qui est une véritable source qui peut inonder toutes nos facultés,
tout notre être.
Dans ce sens, l’actualité de la prière est permanente.
Nous vivons dans un monde où nous sommes envahis et fascinés par les images extérieures de tous les écrans présents dans nos vies. Est-ce que la prière ne serait pas une source d’images intérieures ?
J’explique dans le livre ce qu’est la captologie, une discipline basée sur les neurosciences, qui étudie la manière dont notre attention peut être captée et retenue en permanence par des contenus qui défilent sur nos écrans et qui envahissent notre esprit.



