
Paule Maréchal, poétesse,
ancienne institutrice.
La solitude naît avec nous.
Notre solitude… chacun la sienne.
Du domaine protégé, amoureux, que nous traversons dans le ventre de maman, nous sommes projetés à la naissance dans un monde inconnu, sans chaleur.
Notre naissance est un traumatisme qui va donner sa couleur propre à notre solitude. La couleur de notre blessure.
Nous sommes tous uniques par notre façon de souffrir. Et nous nous sentons seuls dans notre façon d’entrevoir ce monde avec les yeux de la blessure personnelle.
Elle naît avec nous, et elle va évoluer au cours de notre vie, passer par différentes étapes. La solitude de la vie active n’est pas la même que la solitude de la vieillesse.
Que faire de cette solitude ?
Nous ne pouvons pas la vaincre : elle est.
Mais nous pouvons l’aimer, la considérer avec beaucoup de soin. C’est un véritable rendez-vous avec soi-même. Lui parler. Consoler l’enfant qui est en nous, si seul.
Elle va nous permettre de nous rencontrer dans un dialogue avec nous-même.
Il me revient un souvenir.
J’étais installée depuis peu dans une région
où je ne connaissais personne. À un moment la solitude est devenue trop lourde ; malgré un budget très serré j’ai décidé de m’offrir un repas à la crêperie. Dans cette crêperie il y avait deux salles : une au rez-de-chaussée et une au premier étage. Lorsque je suis arrivée, la salle du haut était complète et on m’a installée dans la salle du bas.
Et j’ai passé la soirée en tête à tête avec moi-même !
Inutile de vous dire que je n’étais pas très heureuse !
J’ai questionné cette douleur et l’évidence m’est apparue ! Je n’avais pas cherché à bien vivre cette solitude mais à lui échapper ! Je m’étais offert une compensation ! Magnifique leçon !
Deux ou trois mois après mon expérience de la crêperie, c’était Noël.
Pour la première fois j’allais passer cette fête seule. J’appréhendais un peu. J’avais décidé d’être à l’écoute de moi-même. Il fallait que j’y gagne quelque chose ! J’ai cherché ce que je pourrais faire de cette soirée.
Différentes solutions me sont apparues que j’ai éliminées les unes après les autres.
Au dernier moment j’ai décidé d’aller à la Messe de minuit. Alors que je descendais vers l’église, soudain, les cloches se sont mises à sonner à toute volée. Mon cœur a fait un bond. Un immense élan me poussait vers Celui dont j’entendais l’appel.
Dans l’église, au milieu des chants et de la simplicité, j’ai trouvé la joie.
Elle m’accompagnait tandis que je rentrais par les rues calmes. La porte refermée, elle était toujours là. Et soudain, alors que je terminais mon repas, elle s’est enflée, a agrandi mon cœur, a débordé de moi, incontrôlable. Elle se nourrissait de tout : de l’éclat d’un meuble, du reflet de la lampe, de la musique, tout était joie. Elle m’enivrait. Je n’étais plus seule. Mon maître intérieur était avec moi.
Tous les êtres qui me sont chers ont défilé en moi.
Je berçais sur mon cœur ceux dont je connais la souffrance. Et mon amour s’est étendu à tous ceux qui souffrent de par le monde de la maladie, du froid, de la faim, de la folie des hommes. J’aurais voulu les laver de toute peine. Mon cœur était assez grand pour les contenir tous et mes bras assez larges pour les bercer. Cette souffrance des hommes, que j’ai tant de mal à regarder en face, je l’accueillais, je la faisais mienne et mon amour en grandissait. J’aime à penser que cet amour a adouci leurs blessures, ne serait-ce qu’un instant. Il était si vaste, il venait d’ailleurs.
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Cette nuit, j’en suis sûre, il est né aussi pour moi.
Quelque chose a bougé. J’ai fait un pas vers les hommes. Et si ma peur se changeait en amour ? C’est mon plus beau Noël, un merveilleux cadeau ! Il me fallait être seule pour le vivre. Seule pour ne plus être seule.
Comment rejoindre cette solitude amoureuse ?
Car oui, je baignais dans un amour ineffable ! En cultivant la joie : la joie d’être, de remercier le ciel pour tous les cadeaux offerts.
La vieillesse nous offre une grande liberté :
les obligations ont disparu, la vie sociale diminue. Avec le grand âge, les pertes se font de plus en plus précises : perte d’une importance sociale, de la beauté, de la santé…. pour y gagner le monde intérieur qui prend de plus en plus d’importance. La vieillesse est un âge sacré et la solitude y conquiert une tout autre stature.
Elle nous permet un autre dialogue avec notre ange gardien, ou avec le Seigneur. Et pourquoi pas avec Dieu ?
Le monde invisible dans lequel se lover, se fondre pour en ressortir dans un état de paix profonde. De la
solitude, passer à la communion.
Pour lire l’article en entier, Reflets n°57 pages 34 à 36





