
Docteur en sciences de l’environnement, université de Jussieu Paris VII, il est le fondateur d’Intelligence Verte et du conservatoire de la ferme de Sainte-Marthe.
RAPPEL DES ENJEUX FONDAMENTAUX
Nous avons besoin d’une Agri-culture
dédiée aux biens essentiels de la Terre et des êtres vivants ; une Agri-culture vivrière – écologique – autonome – économe et salubre.
Une Agri-culture inspirée des expériences millénaires et des savoir-faire des peuples
qui nous ont précédés, car nos artifices modernes ont montré leurs limites. Par exemple les chinampas, ces jardins flottants aztèques, qui nourrissaient 150 000 âmes sur le lac de Mexico en 1519, lors de son annexion par Cortès… les Sukka-Kollu boliviens de la Puerta del Sol qui nourrissaient 120 000 habitants de la vallée de Thiahuanaco et constituent le système le plus ingénieux pour fertiliser les pentes desséchées de la Sierra ; là où survivent aujourd’hui quelques Indiens misérables et leurs lamas efflanqués, il y avait, il y a 600 ans, une ville prospère… et aussi l‘exemple des guaderios arabes du XIIe siècle en Andalousie dans la vallée du Guadalféo, de simples constructions en bois pour aiguiller l’eau de l’hiver et recharger les nappes phréatiques en dirigeant cette eau vers les failles de la montagne… Autant de découvertes performantes, issues du « génie de l’empirisme », donnant toute leur mesure, encore aujourd’hui, en favorisant les bienfaits de la nature, et ne supportant pas davantage que l’on y répande les poisons de synthèse qui tuent la vie et tuent la terre irrémédiablement.
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L’INTELLIGENCE CONSISTE À CONJUGUER LES DEUX APPROCHES :
Celle des connaissances populaires
de la tradition…
et celle des sciences modernes de notre époque,
car les deux démarches ne sont pas antagonistes mais complémentaires et indissociables.
Nous avons aussi à réparer l’immense désordre de l’agronomie moderne
, dévoyée depuis plus d’un siècle pour servir les intérêts des cartels de l’industrie chimique, au détriment de la planète et de l’intérêt général, au détriment de la santé publique et de la pérennité des ressources vitales.
Nous devons remettre les écosystèmes agraires en état et renouer avec la science de la gratuité, c’est-à-dire « la microbiologie des sols », cette puissance colossale abandonnée et dégradée par la prééminence des pratiques « anti-biotiques » à tous les niveaux de la chaîne alimentaire, depuis plus d’un demi-siècle…
Rappelons seulement que le sol maternel perdait déjà en 1976 25 milliards de tonnes/an de sa couche fertile (publications scientifiques Sanchez 1 976 – Bounias 1 998) abrasée par l’érosion que génèrent et aggravent les pratiques du machinisme agricole…
Retour indispensable aux prestations gratuites de l’écosystème naturel,
dont l’Agri-Culture constitue l’un des enjeux majeurs.
Depuis la seconde moitié du XXe siècle,
les prises de conscience se sont multipliées, ce dont attestent les publications scientifiques sur les services que la Nature rendait à l’humanité (Hardin 1 968 – Westmann 1 977 – Cairns 1 992 – Daily et Costanza 1 997).
Il convient de rappeler
ici ces divers services, dans un ordre
volontairement non-hiérarchisé :
– production d’une atmosphère respirable et régulation de sa composition ;
– fourniture, préservation, amélioration et répartition d’eau potable ;
– contribution au maintien et à la régulation des climats.
– formation de sols fertiles et contrôle de l’érosion, ainsi que de la sédimentation ;
– mise à disposition de pollinisateurs et de disséminateurs de semences ;
– constitution et enrichissement en continu d’une banque génétique (estimée à 30 millions d’espèces vivantes…) ;
– contrôle biologique des pullulations par régulation trophiques et pathologiques de ravageurs. (99 % des ravageurs potentiels sont normalement contrôlés par leurs ennemis naturels) (DeBach 1 974) ;
– production de denrées alimentaires de haute qualité nutritionnelle et sanitaire ;
– production d’espèces d’intérêt médical et pharmacologique (au moins 85 % de la pharmacopée traditionnelle proviennent de sources végétales (Farnsworth 1 985) ;
– production de matériaux de base de qualité (bois d’œuvre, cellulose, huiles, essences, etc.).
Les enjeux de la gestion future de l’écosystème planétaire,
auxquels l’Agriculture réorientée doit prendre sa part, sont
considérables.



