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  • Article inédit

Entre battements et silence

  • par Emile Sellier-Mesnard
  • 4 décembre 2020
  • Un commentaire

Sommaire

 

 

orchestre de jazz
Dessin de Nelly Chobaz

 

L’instant est suspendu. Imaginez le jazzman assis, haut perché sur son tabouret. En un geste, la mélodie surgit hors de sa trompette, éclabousse l’audience d’arcades harmoniques jusqu’à former une cathédrale sonore. Puis, après une ultime saillie, il repose l’instrument sur ses cuisses. La foule se lève alors pour l’applaudir. Il attend, le calme revient, et annonce : « La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer le silence. » Ainsi parla Miles Davis.

Si les notes ne font qu’encadrer le silence, celui-ci prend place comme élément central

Dans cette sentence aux accents proverbiaux, se trouve une évidence effleurant la spiritualité et digne d’un méditant. Si les notes ne font qu’encadrer le silence, celui-ci prend place comme élément central, au cœur de la musique. L’absence, le creux, sont révélés par le rythme, qui en s’évanouissant dévoile la présence de l’autre. Ainsi, le rythme n’existe que dans l’alternance, fait d’entre-deux, aussi nécessaires qu’impermanents, aussi insaisissables qu’indissociables, et donc en perpétuelle opposition.

En Occident, Héraclite fut certainement le premier à relever la profondeur abyssale d’une telle vérité.

Aujourd’hui, le rythme si rapide qui m’entraîne, l’accélération incessante du monde tourbillonnant qui me fait défaillir, ces coups frappés avec force jusqu’à mon dernier souffle par la froideur de notre modernité, et que Hartmut Rosa¹ décrit avec tant de justesse, sont bien les pires des illusions : ils sont aliénations. Ils nous contraignent à oublier que derrière l’écran fumeux des jours et des nuits qui s’enchaînent, par delà notre mort à venir, résonne un silence sans nom. Innommé qui n’est pas vide et dont le langage ne peut guère rendre honneur à l’ineffable essence. Car entre les coups, ou devrai-je dire par les coups, réside l’essentiel. Est-ce là Dieu ? Le Logos du grec susmentionné ? Ou toute autre métaphore de l’Incréé ?

Quand je me tais, il me parle. Je frissonne à ses mots, apercevant mon égarement

Que l’on daigne ou non l’écouter, ce silence n’est pas une abstraction. Quand je me tais, il me parle. Je frissonne à ses mots, apercevant mon égarement. Aveugle, j’ai pris la cadence pour une loi, alors que celle-ci se module. J’ai cru que les fracas composaient l’entièreté du réel, oubliant là sa nécessaire fugacité. Ce que balbutie le silence, n’est rien d’autre que l’écho retrouvé de mon propre esprit.
Laisser s’exprimer le silence, nous permet de renouer avec le torrent des images et des impressions qui affluent en nous.

En fin de compte, c’est réintroduire le rythme dans le temps

En fin de compte, c’est réintroduire le rythme dans le temps, ne pas le percevoir comme un élément haché, saucissonné par la mesure, ou composé d’une multitude de parcelles distinctes, mais saisir à nouveau son étoffe : l’écoulement dans la durée. Ce n’est pas un même motif qui se rejoue constamment, isolément, il y a au contraire l’empilement en nous d’une multiplicité indistincte qui ne cesse de s’engranger. Pour Bergson², se décoller du rythme, considéré en tant que martellement d’une quantité se répétant sans trace, m’oblige à un retour sur et en moi-même. C’est un effort d’intuition, par lequel je m’extrais du déluge extérieur et des conditionnements divers pour caresser le temps vécu, pour ressentir enfin ce qui s’agite sous l’écorce de mon moi, puis agir toujours plus librement en écoutant ces voix si intimes qui me murmurent depuis là.

L’accueil devint recueillement, telle est la voie du détachement

Pour certains, parmi les plus sages, accueillir ce chatoiement du moi marque la première étape d’un long chemin qui consiste à s’en défaire. L’accueil devint recueillement, telle est la voie du détachement où l’homme renonce à lui-même pour se joindre à l’Éternel. Le rythme ne me concerne plus. Le moi s’érige dès lors en obstacle, l’accueil bute contre l’écueil de l’ego. Souci du moi qui entrave ma relation à l’infini. Je dois me rendre tout à fait libre, si je veux recevoir le Tout, posséder un cœur sans la moindre attache. Maître Eckhart³, dans son sermon sur le Fils, annonçait que « seul est pur le cœur qui a réduit à néant le tout créé ».
Quand le cœur atteint le vide parfait, les battements cessent. Toutefois, cela ne ressemble pas à la fin, ni à la mort, mais à une résurrection. Le silence serait-il alors le chant du phénix ou d’une trompette qui s’oublie ? L’instant est vérité.

———————————————————

1 Rosa, Hartmut. (2010). Accélération et aliénation. Éditions La découverte.
2 Bergson, Henri. (1889). Essai sur les données immédiates de la conscience. PUF, .
3 Maître Eckhart. (XIVe siècle). Traités et sermons. Éditions Gallimard.

Cette publication a un commentaire

  1. Elfriede Dubort 28 novembre 2021 Répondre

    Oh oui, que le silence est important et cruellement absent dans notre époque où tout va trop vite!
    Écoutez un youtubeur à la mode, qui a des milliers de followers, il ne fait même pas une pause entre deux histoires! Où va la jeunesse?
    Il faut tout faire pour que vos propos soient entendus par tout le monde!

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Emile Sellier-Mesnard
Emile Sellier-Mesnard

Psychologue clinicien, chargé d’enseignement à l’Université Parsi XIII et doctorant en philosophie à l’Université de Poitiers.

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