Roland Nivet est porte-parole national du Mouvement de la paix, l’un des animateurs du Collectif national des marches pour la paix en France et représentant du Mouvement de la paix auprès du Conseil ECOSOC des Nations unies.
En ce moment, notre monde fait face à une crise internationale
d’une gravité sans précédent. Partout, les conflits armés se multiplient, les violations du droit international s’intensifient, et la course aux armes s’accélère, menaçant de transformer la guerre en un phénomène mondial à tout instant.
Les guerres, occupations, agressions entre États, crimes contre l’humanité et violations de la souveraineté,
que ce soit en Palestine, en Ukraine, au Venezuela, en Iran, en République démocratique du Congo, en Amérique latine, au Liban ou ailleurs, frappent d’abord les populations civiles. Elles aggravent les inégalités et détournent des ressources vitales qui devraient servir à satisfaire les besoins fondamentaux : emplois, salaires, santé, éducation, logement, services publics, et lutte contre le dérèglement climatique.
Pourtant, le droit international,
notamment la charte des Nations unies, oblige tous les États à privilégier la paix et la diplomatie plutôt que la guerre et la violence. Selon l’article 26 de cette charte, les pays doivent limiter au strict minimum leurs dépenses militaires et résoudre leurs différends par le dialogue.
Mais depuis des décennies,
les plus grandes puissances trahissent ces engagements.
Elles ont cultivé une culture de la guerre alimentée par une explosion des budgets militaires et par la puissance du complexe militaro-industriel et médiatique. Aujourd’hui, les dépenses militaires mondiales s’élèvent à 2 900 milliards de dollars, contre 1 000 milliards en 2000 (source SIPRI).
En France le budget militaire 2026
a connu une augmentation de 13 % par rapport à 2025 (+7 milliards) et la révision de la loi de programmation militaire vise la somme de 90 milliards en 2030 (contre 43 milliards en 2023 !). De plus on assiste à un doublement des dépenses consacrées aux armes nucléaires de l’ordre de 8 milliards d’euros en 2026 contre 3,5 en 2017.
Le Mouvement de la paix
appelle à signer une pétition exigeant le transfert d’au moins 3 milliards d’euros, pris sur les crédits prévus pour les armes nucléaires, pour les investir immédiatement dans des services publics dans les domaines de la santé, de l’éducation et de la transition écologique.
Pendant ce temps, la pauvreté s’intensifie,
causant mondialement chaque année la mort de millions de personnes à cause du sous-développement, de la misère et de la misère extrême (voir J. Ziegler, Où est l’espoir ?). La richesse se concentre toujours plus entre quelques mains, donnant un pouvoir disproportionné à certaines multinationales, que ce soit dans l’économie, la finance, l’armée, les médias, ou même dans la diffusion des idées (voir livre Technopolitique, Asma Malha, éd du Seuil), qui agissent dans des logiques de concurrence, de prédations, de dominations qui conduisent à l’accroissement des discriminations de toutes sortes, lesquelles sont sources de violences, de conflits et de guerres in fine.
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Ces choix dramatiques ont affaibli la sécurité mondiale.
Les grandes puissances n’ont pas su prévenir les conflits, protéger les populations, ni répondre efficacement aux urgences climatiques et sociales. Elles ont enfreint leurs engagements en matière de désarmement nucléaire, en violant les engagements pris aux termes de l’article 26 du TNP (Traité de non-prolifération nucléaire) qui fixe l’obligation d’un désarmement nucléaire général et avec la fin du Traité New START entre la Russie et les États- Unis, qui prévoyait des mesures de limitation des armes nucléaires stratégiques et des mesures de confiance à travers des visites réciproques.
Ces choix ont contribué à laisser s’effondrer l’ordre international fondé sur le droit.
En France et en Europe,
on observe la même logique : baisse des dépenses sociales, affaiblissement des services publics (éducation, santé, transport, informations), et augmentation massive des budgets militaires. Au lieu d’empêcher la guerre, on s’y prépare. Comme l’écrivain Amin Maalouf, membre de l’Académie française, le souligne, notre monde s’engage dans une « dérive suicidaire ».
Face à cette descente aux enfers,
les peuples résistent et expriment partout leur désir de paix. De nombreuses voix, y compris celle du secrétaire général de l’ONU, alertent aujourd’hui sur le risque d’un conflit mondial et même de l’usage d’armes nucléaires.
Depuis une dizaine d’années,
le Mouvement de la paix, avec le Collectif national des marches pour la paix, qui regroupe près de 200 organisations, rappelle avec force que : « L’aspiration des peuples à vivre ensemble dans la solidarité, la justice et la fraternité est immense. Nous sommes persuadés que nos différences d’opinions, de convictions, d’appartenances ou de sensibilités philosophiques, politiques religieuses, syndicales ou autres ne doivent jamais faire obstacle à l’expression commune de cette aspiration à vivre ensemble en paix. Nous sommes conscients que la guerre est toujours un échec. Elle conduit au chaos et enfante des monstruosités dont sont victimes les populations civiles souvent jetées sur le chemin de l’exil. Enfin nous sommes convaincus que lorsque la guerre se développe, que les dépenses militaires augmentent vertigineusement et que la paix est menacée, il est nécessaire d’agir pour obtenir des politiques sociales, économiques, culturelles et de paix s’inspirant de la charte des Nations unies et des huit domaines de la culture de la paix définis par l’ONU et l’Unesco (voir « La culture de la paix c’est quoi ? ») afin de contribuer à la construction d’un monde de justice, de solidarité, de fraternité, de Paix ! »
Le Mouvement de la paix appelle aujourd’hui
à une « insurrection des consciences » pour créer en France et partout dans le monde une dynamique unitaire pour la paix. Face aux défis immenses que nous partageons tous, il n’y a pas d’autre voie que celle de la paix.
