
Nous publions cet article extrêmement clair sur les perturbateurs endocriniens (PE) non pas dans le but d’augmenter l’inquiétude – nous le sommes déjà suffisamment – mais de provoquer un petit sursaut de conscience. Comment se fait-il que nous laissions faire cette dégradation (parmi d’autres) qui atteint toute la planète et par rebond notre être ? Dans notre corps et aussi dans notre esprit puisqu’un des effets est de brouiller le masculin et le féminin. Sommes-nous devenus si insensibles pour que nous soyons si passifs ? Il ne s’agit pas de révolution sociale et politique mais de respect, d’amour pour nos Êtres. Plus fort que toute manifestation, se souhaiter la propreté pour notre intériorité (qui dépend de nous) nous donnerait la force de refuser la contamination par tous ces produits qui ne relèvent principalement que du profit.
Dépolluons notre cœur. La tendresse pour nos milliards de cellules salies qui constituent notre corps, la compassion pour notre esprit à assainir procurent une victoire inégalable sans guerre contre personne. Cette victoire renverse les forces destructrices.
Merci à Christian Vélot de nous éclairer brillamment sur cet aspect de la pollution qui continuera après nous. Docteur en sciences biologiques et médicales et généticien moléculaire à l’université Paris-Saclay, Christian Vélot est membre du conseil scientifique du Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique (Criigen) et administrateur de la Fondation Sciences Citoyennes.
Notre environnement se caractérise aujourd’hui — et depuis plusieurs décennies — par la présence inquiétante et quasi généralisée de molécules de synthèse étrangères à la vie (xénobiotiques), rémanentes et dangereuses pour la santé, que l’on appelle des POP (polluants organiques persistants). Il s’agit pour la plupart de perturbateurs endocriniens (PE) dont on entend beaucoup parler, mais pour lesquels rien n’est fait de la part des pouvoirs publics, tant pour empêcher leur présence et leur propagation que pour en limiter les effets néfastes.
Définition des perturbateurs endocriniens (PE)
La notion de PE a été introduite en 1991
par madame Theo Colborn, zoologiste et épidémiologiste américaine, plusieurs décennies après que des biologistes ont alerté la communauté scientifique suite à des observations d’anomalies de l’appareil génital et de troubles de la reproduction de divers animaux exposés dans leur environnement à des polluants chimiques capables d’interférer avec les actions des hormones [1-9]. Theo Colborn donne alors à ces polluants le nom de « perturbateurs endocriniens », qu’elle définit comme toute substance ou mélange de substances entraînant des effets néfastes sur la santé de l’organisme qui y est directement exposé et/ ou de sa descendance, en raison d’une altération de l’équilibre hormonal résultant de désordres de la fonction endocrinienne.
Le système endocrinien
est composé de l’ensemble des organes et glandes qui ont la capacité de relâcher des hormones dans le sang. Il comprend les ovaires, les testicules, les glandes thyroïdes, parathyroïdes et surrénales, l’hypophyse, l’hypothalamus, le pancréas, ainsi que les cellules sécrétrices d’hormones situées dans le tube digestif, les reins, le cœur et le placenta.
Les PE comprennent
notamment les bisphénols (constituants de plastiques), les phtalates (assouplissants de plastiques) les parabènes (conservateurs), les composés perfluorés (agents réfrigérants, produits imperméabilisants, antitaches…), les polybromodiphénylethers (retardateurs de flamme), de nombreux pesticides (insecticides, herbicides, fongicides, etc.), les PCB (contaminants des eaux, très persistants et s’accumulant dans les poissons), les dioxines (rejetées principalement par les incinérateurs de déchets), certains métaux lourds (mercure, plomb, cadmium, etc.).
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PE et maladies chroniques
De nombreuses études
ont mis en évidence le lien entre des maladies dites « chroniques » — les fameuses « co-morbidités » dont on a tant entendu parler pendant la crise COVID mais contre lesquelles on n’a pour autant rien fait, le masque et le gel hydro-alcoolique n’y pouvant rien… — et l’exposition à des produits chimiques tels que les bisphénols [10, 11], le plomb [12], les pesticides [13, 14], les dioxines [15], les phtalates [16] et autres perturbateurs endocriniens [17-27].
Ces maladies chroniques
incluent les cancers, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2, l’obésité, les troubles neuro-dégénératifs, les anomalies de différenciation sexuelle et du développement…
Dès 2008, l’Organisation mondiale de la santé (O.M.S.)
alertait sur l’explosion des maladies chroniques alors responsables de 63 % des décès dans le monde (soit 36 millions de morts) dont 29 % avaient moins de 60 ans [28]. On assiste notamment à une explosion des cancers [29-33] qui ont augmenté de 33 % entre 2005 et 2015 [34], ainsi que des maladies cardiovasculaires [35]. En 2015, le cancer a causé plus de 8,7 millions de décès dans le monde et a été la deuxième cause de décès derrière les maladies cardiovasculaires [36].
Une particularité des PE
est qu’ils sont, dans la grande majorité, lipophiles. Ils n’ont donc aucune difficulté à traverser la bicouche lipidique qui constitue la membrane de chacune de nos cellules (membrane plasmique), et vont s’accumuler dans nos tissus gras, et donc dans le cerveau dès lors qu’ils sont en capacité de franchir la barrière hémato-encéphalique.
Une autre caractéristique est leur très grande stabilité, qui en fait des molécules bio-accumulables : la dose absorbée aujourd’hui s’ajoute à celle absorbée hier, avant-hier, la semaine dernière, voire les années précédentes. C’est la raison pour laquelle la notion de DJA (dose journalière admissible) n’a aucun sens pour les PE.
Cette stabilité
varie d’une famille de PE à une autre, voire d’un PE à un autre au sein d’une même famille.
Les plus stables sont sans doute les PCB, dont la demi-vie (temps nécessaire pour qu’ils disparaissent à 50 %) peut atteindre 2 700 ans ! Le fait que la fabrication et l’utilisation de ces substances sont interdites en France depuis 1987 ne signifie donc pas que nous ne sommes plus concernés — et loin de là — par leur pollution.
Leur large utilisation dans de nombreux secteurs
a entraîné une contamination généralisée de l’environnement et notamment de tous les milieux aquatiques. Les poissons les accumulent par filtration et par consommation d’autres poissons. L’humain est donc largement contaminé par les PCB à travers son alimentation.
Bien que les causes environnementales
soient toujours multifactorielles, il est clair que les agents chimiques ayant des propriétés de perturbation endocrinienne, y compris de nombreux pesticides et autres polluants, ont joué — et jouent encore — un rôle important tant dans l’expansion des maladies chroniques humaines que dans le déclin de la biodiversité animale.
PE et influence sur l’environnement
La question que nous pouvons alors nous poser est de savoir pourquoi ces substances ont été et sont encore si facilement et si massivement autorisées à la commercialisation malgré leur dangerosité. L’une des raisons est que l’évaluation réglementaire n’est pas du tout adaptée à ces nouveaux polluants persistants que sont les perturbateurs endocriniens. En effet, il ne s’agit pas de poisons classiques, et leurs propriétés font qu’ils peuvent aisément passer à travers les mailles de la toxicologie réglementaire (TR), laquelle n’est donc pas du tout adaptée à ces polluants?
Note de la rédaction : toutes les nombreuses notes et sources sont sur le site de l’AIMSIB qui a publié cet article


