Sofia Stril-Rever est une activiste spirituelle et autrice primée, connue internationalement comme la biographe du dalaï-lama avec qui elle a co-écrit 4 livres traduits en plus de 20 langues. Elle inspire une nouvelle génération
d’acteurs du changement à incarner un leadership de la conscience et du cœur avec ses initiatives Be the Love et LoveForce.
En 2023 elle a initié la célébration de la Journée Internationale de la Conscience aux Nations unies à Genève, appelant à une civilisation de l’amour.
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« Comment vivre dans un monde qui meurt ? »
Je n’ai pas oublié cette question
que me posa un jour une étudiante de Sciences-po Paris au tout début d’un séminaire : « Comment vivre dans un monde qui meurt ? » Ces mots portaient le poids d’une génération. Le vertige d’une jeunesse qui arrive à l’âge adulte alors que l’humanité est engagée dans une lutte fatale contre elle-même et contre le vivant. Comment espérer, aimer, construire… quand le monde alentour s’effondre ?
Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Chaque année, les gouvernements du monde dépensent plus de 2,500 milliards de dollars pour l’armement — soit
quatre-vingts fois la somme nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde. Nous investissons dans la mort plutôt que dans la vie. Et sur un groupe de 20 élèves à l’École internationale de Genève, une école-monde qui compte 140 nationalités, une seule élève affirmait croire en la bonté humaine. Une sur vingt. Cette perte de confiance en l’humanité est l’un des symptômes d’un monde qui meurt.
Pourtant l’étudiante, dont la question m’avait interpelée,
est revenue vers moi à la fin du séminaire, transformée. En se reconnectant à son cœur, le deuil qu’elle portait pour le monde avait fait place à l’élan de rendre le monde meilleur. Ce basculement n’était pas venu des savoirs partagés. Il était né d’un travail intérieur que nous avions traversé ensemble, où il s’agissait autant d’analyser que de ressentir à l’intime de soi un espace de paix. Car la paix ou la bienveillance ne sont pas des abstractions mais des expériences et une présence à incarner.
La Journée Internationale de la Conscience : vivre la paix en conscience et avec amour
En 2023, j’ai ressenti l’appel de célébrer pour la première fois la Journée Internationale de la Conscience au palais
des Nations à Genève, avec un collectif de fondations et d’O.N.G. Parce que cette journée, adoptée à l’unanimité des États membres en 2019, demande de construire la paix sur la conscience — au sens anglo-saxon de l’éthique — et sur l’amour, compris comme une force collective au service de la justice sociale et de l’évolution humaine. Dans un monde dominé par les logiques insensées de la dissuasion et de la terreur nucléaires, les intervenants de cette journée – scientifiques, artistes, penseurs, méditants, leaders de Palestine, Soudan ou Amazonie pour la paix – ont montré que la conscience et l’amour peuvent transformer radicalement les individus et les sociétés.
Le Mur des consciences : réinventer la paix
Au cœur de la Journée Internationale de la Conscience 2026, une installation a bouleversé les regards. Je l’avais appelée Le Mur des consciences. Sur les panneaux, des dessins d’enfants de Gaza, des messages de jeunes Européens, l’Appel des mères palestiniennes et israéliennes pour la paix ou la Déclaration de Dhaka sur l’éthique et la bienveillance. Autant de témoignages d’humanité qui rappellent que derrière les chiffres et les discours, il y a des vies. Invitées d’honneur, Christina Kitsos, vice-présidente de la ville Genève, et Melissa Parke, prix Nobel de la paix 2017 avec l’O.N.G. ICAN, insistèrent pour se faire photographier devant Le Mur des consciences, par solidarité avec les enfants de Gaza et avec Francesca Albanese. Ces images devinrent virales parmi les communautés palestiniennes. Pour ces victimes de déshumanisation systématique, être représentées au palais des Nations prit un sens très fort : une part de leur humanité leur était rendue.
Nous sommes la paix
La paix commence dans cette capacité à regarder l’autre.
Les guerres ne naissent pas sur le champ de bataille mais dans nos esprits, lorsque pour la défense de notre identité ou d’intérêts nationaux, nous normalisons le massacre de groupes que la propagande d’État présente comme des animaux, rats, cafards, vermine… rendant ainsi leur extermination acceptable, voire nécessaire. L’éducation doit donc devenir une force de réhumanisation, appelant les jeunes générations à embrasser notre humanité commune. Et si la paix doit être enracinée dans la conscience et l’amour, réinventer la paix signifie réinventer l’éducation.
Lors de la Journée Internationale de la Conscience 2026,
dans la salle Tempus du palais des Nations, ils étaient 250 jeunes à qui s’est adressé le sous-secrétaire général de l’ONU pour la jeunesse, le Dr Felipe Paullier, pédiatre uruguayen de 32 ans et porte-parole d’une génération
qui n’accepte plus de rester assise au bord du monde. Elle refuse d’être spectatrice d’un avenir qui se déciderait sans elle. Elle se mobilise, alerte, fait bouger les lignes : Malala, Greta, Vanessa Nakate, Elizabeth Wathuti ou Licypriya Kangujam… que j’appelle avec affection « mes petites sœurs du millénaire », ont compris que la paix ne se négocie pas uniquement entre États. La paix est une responsabilité intime, mais aussi un lien qui nous unit.
Je me souviens, plus jeune, avoir cherché la paix à l’extérieur.
Dans les autres, dans le monde. Et je ne l’ai pas trouvée. Jusqu’au jour où j’ai compris que la paix est déjà là – en moi, en nous. Aujourd’hui, si l’on me demande ce qu’est la paix, je réponds : « Vous êtes la paix. Je suis
la paix. Ensemble, nous sommes la paix. Même dans un monde en guerre. »
La génération LoveForce
Certes, la paix intérieure à elle seule ne peut éradiquer les forces structurelles et politiques qui alimentent les guerres, mais elle transforme la manière d’y faire face. Avoir reconnu la paix en soi permet de se battre pour la justice et le changement, sans haine ni violence. Ancré dans les consciences, l’amour devient une force capable de briser le cycle des conflits. Gandhi, Martin Luther King Jr., Nelson Mandela, Wangari Maathai… n’avaient pas d’armes. Pas d’armées. Mais ils ont réveillé des nations. Ils ont changé le cours de l’histoire. Car lorsque la conscience et l’amour rencontrent l’action collective, ils génèrent une puissance de transformation
que j’appelle LoveForce, en écho au satyagraha de Gandhi, « la force de la vérité ».
Pour lire l’article en entier, Reflets n°60 pages 24 à 27

