INTERVIEW DE SYLVAIN DÉCHAUD
notre correspondant, en retraite spirituelle, que nous avons sorti exceptionnellement de son silence.
Qu’entendez-vous par « la première paix mondiale » ? Qu’est-ce que c’est pour vous, cette première paix ?
Selon moi, c’est d’abord la première paix dans nos poitrines, cette toute petite paix qui produit toutes les autres paix, envers autrui et entre les peuples et les nations. Se peut-il que cette première paix mondiale dans nos poitrines soit la source de toutes les paix ? Se peut-il qu’elle soit aussi ce qui constitue le meilleur de l’homme ? Comme si l’homme en paix avec lui-même était en quelque sorte la meilleure version de l’humain. Comme si l’homme en paix avec lui-même était alors forcément en paix avec autrui, et même en paix avec le monde.
De quelle nature est cette paix intérieure selon vous ? Comment peut-on l’obtenir, ou tout du moins l’approcher ?
Il me semble que c’est le propre de toutes les quêtes,
de toutes les formes de foi, de tous les chemins spirituels. Nous devons apprendre, chacun dans sa Voie, chacun à sa manière, à passer de l’homme « traumatique » – l’homme de l’ego toujours en guerre contre lui-même, contre les autres et le monde – à l’Homme de paix, l’Homme aux yeux gentils et aux mains ouvertes envers ses propres misères mais aussi envers les misères des autres et du monde.
Chaque voie nous enseigne à sa façon
cette nouvelle expertise offerte aux humains. Mais soyons clairs : comme toute expertise, cela ne s’apprend pas en trois week-ends, ni en quelques lectures ; cela ne peut s’apprendre que dans une grande assiduité à une pratique intérieure. Aucune expertise ne peut avoir lieu sans un entraînement régulier. Que ce soit pour bien jouer du piano, pour courir un marathon ou… pour faire en soi l’homme en paix !
Mais comment obtient-on cette paix intérieure ?
Comment doit-on s’y prendre pour que nos pensées, jusque-là assez belliqueuses, s’apaisent un peu ?
Selon ma propre expérience, ce n’est vraiment pas une chose simple, de passer seulement une journée sans une petite guerre dans sa tête !
Oh, vous avez raison, ce n’est pas une chose simple,
et encore moins gratuitement offerte aux hommes ! Quand nous sommes en paix sans l’avoir conquise, il s’agit seulement d’un apaisement passager et non pas d’une paix profonde.
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Car je crois vraiment que la paix se conquiert.
La paix profonde ne peut pas être fortuite ! La paix véritable nécessite une opération de métamorphose personnelle, une pratique intérieure précise pour passer de sa guerre intérieure à sa paix intérieure dans une situation.
Pouvez-vous nous en dire plus sur cette métamorphose ?
Nous sommes toujours en guerre dans le présent
en raison de notre passé encore si douloureux. Nous sommes en guerre en mémoire de tous nos amours déçus durant l’enfance avec maman, avec papa, et avec autrui à l’adolescence. Nous sommes en guerre en permanence dans nos têtes à cause de tous ces amours déçus du passé. Alors tout est prétexte à des règlements de comptes avec chacun, en mémoire de nos bourreaux d’hier.
Il y a donc une opération de nettoyage à faire
pour vaincre notre envie d’en découdre avec « l’autre ». Tout d’abord identifier « de quoi je souffre ? », c’est-à-dire voir « de quoi je souffre au-dehors » et ensuite « de quoi je souffre vraiment au-dedans ». Cette identification de la douleur est essentielle, car c’est elle qui va nous faire nous souvenir du petit garçon ou de la petite fille en nous qui souffrait déjà ainsi. Alors il faut apprendre à parler au petit enfant du passé avec tendresse et douceur, voir combien cette douleur d’aujourd’hui est depuis toujours dans notre vie, et voir combien l’autre aujourd’hui n’y est pour rien ! Surtout, il faut aimer et comprendre le petit d’autrefois. Alors surgit en nous un Acte de paix qui stoppe la réaction de guerre qui se préparait.