Avant de parler de paix,
il faudrait examiner la relation intrinsèque qui relie la sérénité, le pardon et la paix.
Celle-ci n’est pas l’oubli, mais la libération volontaire de l’amertume.
En pardonnant je cesse de porter le poids des offenses passées qui enchaînent mon esprit. C’est un acte de courage
qui transmute la douleur en sagesse, purifiant mon énergie pour m’aligner sur la vibration que seul l’Amour
inconditionnel pourrait faire naître.
Lorsque le ressentiment s’efface, le tumulte intérieur s’apaise. La paix est le silence fertile qui remplace le bruit de la
colère.
La paix n’est pas l’absence de conflit,
mais une harmonie enfin retrouvée où tous peuvent s’exprimer à l’unisson pour célébrer l’infini entre le passé et le
présent.
Le pardon est la clé dont la porte qu’elle ouvre est la paix. Le pardon retire les obstacles émotionnels pour que la paix puisse s’installer naturellement là où la rancœur ne siège plus.
Pardonner aux autres et à moi-même est l’unique sentier vers une sérénité durable.
Pour qu’une paix véritable puisse exister
il faut que les événements dramatiques du passé
ne soient pas oubliés ni même neutralisés par une espèce de fadeur
Il faut absolument que ces drames soient accueillis, assumés, digérés pour que cette acceptation puisse devenir la sublimation qu’est la paix.
« Prier pour vos ennemis, dit Jésus… pardonnez et vous serez pardonnés… bénissez ceux qui vous maudissent… »
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Seule une paix venue « d’ailleurs »
pourrait changer le cœur des belligérants, pour qu’ils deviennent des frères.
Les frontières ne seront plus alors des murs, mais des lieux de rencontre, des terrains de jeux où les enfants pourront jouer aux billes, découvrant que gagner n’est pas battre l’autre mais se surpasser.
Mais si on n’en restait qu’au plan humain,
il faudrait constater que la paix n’est jamais aussi profonde que lorsqu’elle naît des décombres, pour une reconstruction.
Ce sont les cicatrices du passé qui donnent tout son sens à la sérénité d’une paix véritable.
Elle n’est pas véritable par l’absence de conflit, mais le silence des tempêtes surmontées. Car l’harmonie n’est
solide que si elle a connu la discorde.
Lorsque j’étais enfant,
alors que la guerre était finie,
je rentrais à la maison questionnant :
« – Pourquoi papa, à la procession, il n’y avait ni monsieur le curé, ni la croix, ni les enfants de chœur ?
– Mais grand sot ce n’était pas une procession, c’était le défilé du 11 Novembre.
– C’est quoi papa le défilé du 11 Novembre ?
– C’est la fête de l’Armistice !
– Mais c’est quoi la fête de l’Armistice ?
– C’est la fin de la guerre.
Il paraît qu’à cette réponse je me suis mis à pleurer avec une telle désespérance qu’il avait fallu faire venir ma
marraine pour me consoler.
– Pourquoi pleures-tu Nount’ch ?
– Parce que la guerre c’est très vilain !
– Oui tu as raison, il n’y a rien de plus vilain que la guerre. Ça fait pleurer les mamans.
– Mais alors, si la guerre c’est si vilain, pourquoi que c’est nous qu’on a gagné ? Est-ce qu’il y a plus de mamans
allemandes qui ont pleuré que de mamans françaises ? Et le bon Dieu il fait quoi dans tout ça ? Il laisse pleurer
les mamans ?… Alors il y a des bonnes larmes et des mauvaises larmes ? »
On m’avait bien donné des explications,
mais les explications des grandes personnes ça ne peut pas rentrer dans la tête d’un enfant, parce que les enfants ont un petit cerveau et comme leur cœur est trop grand pour rentrer dedans, alors ils pensent avec leur cœur.
Les grands, ils pensent avec leur porte-monnaie.

