
Tigran est visité, dès son enfance, par des expériences extraordinaires. Rêves lucides, extases spontanées et clairaudience peuplent ses jeunes années. Touché par les arts sacrés et les plantes enseignantes, il étudie le chant classique et l’ethnomusicologie avant de publier ses premiers livres et de partir à la découverte des cultures du monde. Après avoir œuvré pendant 25 ans comme éditeur dans le champ de la nature et des spiritualités, il signe son retour aux plaisirs de la plume avec la saga Shaman.
À quelles fêtes de tradition chamanique avez-vous assisté ? Quel sens ont-elles ?
Pour préciser les choses,
j’ai fait des études de musicologie (diplômé il y a 35 ans à la Sorbonne), et j’ai basculé en 1990 en ethnomusicologie,
moment où je me suis intéressé aux musiques de transe, et où je suis allé enregistrer des musiques ethniques sur différents continents.
Il y a des fêtes qui se veulent sacrées,
car elles sont en fait des rituels, des cérémonies et qu’elles opèrent dans un contexte sacré, que l’on parle d’un chamanisme masculin et parfois très territorial, ou féminin et plus subtil, sophistiqué ou au contraire archaïque. C’est quelque chose qu’on retrouve dans tous les chamanismes sur divers continents : des chamanismes du chaud ou du froid ou des chamanismes liés aux esprits des animaux, des ancêtres, des lieux, des chamanismes avec ou sans tambours, avec ou sans plantes.
Il y a un fond sacré dans ce type de « fête »
puisqu’elle se révèle être une cérémonie, par exemple en hommage à un chamane disparu, à l’équinoxe, au solstice, à un rituel (de guérison physique, psychique, pour le retour de la pluie, l’abondance de la chasse, la qualité des récoltes, ou la pacification de relations entre un plan et un autre). La fête, dans les différents chamanismes que j’ai pu côtoyer, n’était pas profane. Elle est par essence sacrée et il ne s’agit pas d’être croyant ou pas, d’être pratiquant ou pas. Cela fait partie d’une cohérence de fond car le sacré est partout.
Si cet article vous plaît, pensez à faire un don.
Le fonctionnement du site a un coût. Il n’y a pas de publicité.
Vous avez un bouton « don » sur le côté.
Merci de votre participation quel que soit le montant.
Quand on veut résoudre un problème par une fête,
elle n’est pas récréative, elle a une utilité, une fonction et un but de ré-harmonisation, de pacification, de résolution de certains conflits, de certains problèmes qui peuvent aussi être matériels. Si vous avez une verrue, dans les traditions chamaniques, on va bien sûr s’en occuper, mais considérer que la verrue, c’est l’épiphénomène en bout de chaîne, qui est la dernière manifestation de quelque chose, mais qui n’est pas le problème en soi. Le vrai problème serait d’abord énergétique. On va voir s’il y a quelque chose dans une forme de trame qui ne serait plus harmonieuse, lumineuse. On va même aller plus loin et aller chercher, derrière la cause de cette dysharmonie, la cause qui peut être émotionnelle. On va s’attacher à remonter à la racine plutôt qu’à être hypnotisé par l’épiphénomène de fin de course, car si on supprimait la verrue, ça en ferait apparaître une autre ailleurs ou un eczéma ou autre.
Pourquoi je fais une parenthèse sur cet aspect de guérison ?
D’une part, parce que la guérison, dans les fêtes chamaniques, est souvent au cœur du sujet. Chamane, c’est un mot qui vient des Toungouses, au nord de la Mongolie, en Sibérie, et qui, à l’origine, veut dire celui qui sait et s’agite. Mais dans d’autres cultures on parle de femme-médecine, d’homme de connaissance, de femme de pouvoir, de curandera, de guérisseur, au même titre d’ailleurs que dans nos propres traditions européennes où nous avons toujours eu des rebouteux, des barreurs de feu, des guérisseuses. Et il y a quelque chose dans la fête, que ce soit par la transe ou les symboles sacrés, qui a un certain sens.
Ces fêtes ont un but :
réintroduire de l’harmonie, des énergies de guérison, de la beauté ou de l’ordre dans le chaos et dans le désordre. Le
chamane est en général un expert dans le voyage vers les puissances de l’invisible, vers un autre monde auprès duquel il va intercéder auprès de certains esprits, pour ramener sur terre des énergies de guérison et des informations, parfois au fil de certaines négociations (d’où un certain nombre de rituels d’offrandes, quand on honore des esprits). Au fil d’offrandes, de chants, de tambours, de cercles de femmes, et de chemins cérémoniels, on honore non seulement un lieu mais l’esprit du lieu, un arbre et, en fait, davantage l’esprit de l’arbre. Ceci pour rappeler que, dans ces cultures chamaniques, la relation à la nature elle-même, aux éléments, aux défunts, aux règnes, est fondamentalement sacrée.
Il y a des fêtes qui ont parfois une visée thérapeutique, d’autres qui semblent commémoratives. Il y a donc différentes sortes de fêtes qui ont toutes un but d’harmonisation avec les esprits, entre les règnes et les personnes ?
Oui, mais avec le temps, il y a peut-être certaines déviances ou désacralisations
qui ont, notamment, été influencées par les apports du tourisme occidental. Quand on introduit dans certaines de ces fêtes l’alcool ou que l’argent vient s’en mêler, on voit que ces paramètres vont modifier certains contextes qui étaient beaucoup plus recueillis. Il y a une double vision, une double signification qui parfois échappe complètement au visiteur de passage qui ne verra que la forme de la fête, mais qui passera peut-être à côté d’une autre fonction dans la mise en relation entre le chamane et le monde invisible.
La fête, ça peut être parfois une fête d’équinoxe ou de solstice,
une célébration en l’honneur de la pleine lune ou du soleil. Ce qu’il y a derrière n’est pas seulement un caractère festif, mais aussi la volonté d’honorer les esprits, de se prémunir contre d’éventuelles déconvenues au cœur de l’hiver, et de témoigner par avance de son respect pour honorer des puissances qui nous dépassent, et dont on considère que ce sont elles qui tirent les fils de l’autre côté du voile. Elles qui rendent notre incarnation humaine possible et sans lesquelles nous ne serions probablement pas grand-chose
Plus d’infos sur https://linktr.ee/tigran.auteur
Pour lire l’article en entier, Reflets n°59 pages 27 à 32


