
Le père André-Marie a plus de soixante-dix ans de vie monastique. La prière a toujours été pour lui le ressort de sa vie. Avec beaucoup d’humour, dans l’un de ses livres Le Petit Moine qui ne Dormait pas la Nuit, il l’exprime ainsi :
Il priait, la nuit,
pour ses frères les hommes, parce qu’un moine, c’est fait pour ça. Il était toujours là, dans ces insomnies comme un veilleur et il pensait à eux… Bien sûr, parmi eux, il y en avait qui priaient à leur façon et toutes ces façons, si elles n’étaient pas absolument remarquables, n’en étaient pas moins respectables.
Alors, il se mit à prévoir un classement aux prières,
pour leur permettre d’arriver plus tôt à leur destination finale…
Il lui faudrait des « casiers prières »
avec des tas de niches comme les trous de la grille du confessionnal. Il pourrait y ranger les prières : celles « porte-bonheur » à sainte Rita, « qui-cherche-trouve » à saint Antoine,celles « assurance tous risques » à saint Christophe. Il y avait nos prières « Je touche du bois », celles sauve-qui- peut, celles goupillons « Bénis-moi ça », les prières bénédicité « Digère-moi ça », les « Exauce-moi ça », les « Annule-moi ça ». Il le fit avec l’attention et le respect dus à la fois à ceux qui les exprimaient et à Celui à qui elles s’adressaient.
Si tu étais un homme d’affaires, Seigneur,
tu aimerais nos prières qui rapportent. Si tu étais joueur tu aimerais
nos prières pile ou face. Si tu étais un hit-parade, tu aimerais nos prières « top 50 ».
Si tu étais un maître d’école,
tu aimerais nos prières « tiens-toi bien… »
Te reste-t-il encore le temps, Seigneur,
de dire, comme du temps de la Genèse : « Dieu vit que cela était beau… » ? C’était du temps où la mer dansait le long des golfes clairs. La prière alors était écologique…
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Et il rangeait… et il classait… notre petit moine,
sans moquerie aucune, sans raillerie, sans croire à un sentiment de supériorité, parce que lui savait prier en latin. Il y avait les prières des pauvres à ne pas confondre avec les pauvres prières, les prières d’humilité et les humiliantes, les prières terre à terre et les terre à ciel.
Et puis aussi les prières inexauçables
du paysan qui voulait absolument du beau temps pour sa moisson, et celles de son voisin qui voulait absolument de la pluie pour ses pommes de terre… Celles des aumôniers militaires qui, de chaque côté de la frontière, bénissaient au nom du même amour, du même Dieu, les armées qui voulaient la victoire plus que la paix.
Mais tout cela n’était rien en comparaison des prières de religions.
Elles étaient toutes belles, toutes à ta plus grande Gloire. Elles s’adressaient toutes à Toi, mais elles provenaient de religions différentes : celles des protestants, des catholiques, des israélites et des musulmans… Celles des intégristes et des avant-gardistes de toutes ces religions. Toutes te reconnaissaient sous des déguisements différents.
Brusquement notre petit moine s’arrêta…
Tout cela était la prière des autres, mais la sienne comment s’exprimait-elle ? …
Le plus souvent elle était « bénédiction », normal pour un bénédictin ! Mais plus souvent encore elle était mystère, silence. Il découvrait que s’il n’y avait pas d’espaces vides entre les notes du grégorien, il n’y aurait pas de musique possible… S’il n’y avait pas d’espaces libres entre les lettres et les mots, il n’y aurait pas d’écriture.
Sa prière était souvent silence,
grain de sable capable d’éponger la mer… larmes, c’était la Vie qui pleurait en lui, et lorsqu’elle devenait indignation, c’était Jésus : bénissez ceux qui vous maudissent…




