
Au cours de ses travaux de thèse, Lilan Geniller obtient, grâce à la proposition de ses directeurs, une bourse pour effectuer une mobilité professionnelle de deux mois et demi dans un laboratoire de recherche au sud de Kyoto, lors de l’été 2024. Il nous raconte son expérience d’immersion et d’hospitalité traditionnelle qui l’a profondément marqué.
À mon départ de Lyon,
je ressens une excitation mêlée à un vertige agréable qui doit sans doute être palpable : je m’envole pour l’autre côté du globe. Si le voyage touristique lointain est de plus en plus aisé à notre époque, partir dans le cadre du travail me procure la sensation d’être plus immergé dans l’aventure.
L’arrivée à Haneda,
l’aéroport de la capitale japonaise, se fait en une journée et une nuit, le temps d’accueillir les chercheurs venant d’Amérique du Nord, d’Europe de l’Ouest et de Scandinavie. Quoi de mieux pour faire connaissance que de faire de la balnéothérapie traditionnelle complètement nu dans les onsen (bains de source d’eau chaude naturelle) de l’hôtel ! Le regard oriental sur la nudité m’apparaît être sans jugement et me procure un sentiment de liberté.
Les premières journées
sont vouées à un séminaire avec d’autres chercheurs internationaux dans un autre hôtel en périphérie de Tokyo au bord du Pacifique. La météo est à la saison des pluies, ce qui me donne l’impression d’être à l’écart de ce qui m’entoure, jusqu’à ce matin où en me levant tôt, j’aperçois, en grand et de manière inattendue par la fenêtre de ma chambre, le majestueux mont Fuji, la vue étant enfin dégagée. Un moment de grâce comme cadeau d’arrivée présageant la beauté.
J’ai ensuite rejoint Kyoto
en Shinkansen, train à grande vitesse mythique qui relie les grandes villes japonaises entre elles à la fréquence d’un métro. Je suis ébahi de voir que les gens se tiennent en file pour rentrer chacun son tour dans le train, ainsi que du silence qui règne pendant le trajet. Mais ce qui m’a le plus marqué c’est l’inclinaison du personnel à chaque entrée dans les voitures, dans le but de saluer les voyageurs avec respect.
Je loge le premier week-end
au sud de Kyoto dans la ville d’Uji, reconnue pour ses célèbres cultures de thé.
J’apprends l’existence d’un type de carnet,
nommé goshuincho, voué à la collection des sceaux (goshuin) des temples. L’envie me gagne de m’en procurer un et de partir à leurs découvertes.
Mes promenades,
parsemées de sanctuaires shintoïstes et de temples bouddhistes d’où émane l’odeur de l’encens et où la foule peut s’accumuler, sont magnifiques. Le sacré est à chaque coin de rue.
Je repère sur la carte un temple bouddhiste
appelé Kosho-ji, un peu plus isolé, dans lequel je décide d’aller. Une longue ligne droite au milieu de la forêt donne l’accès à son entrée.
Seul, réjoui par la mélodie des gouttes de pluie
et d’une flûte jouée par un des moines, je découvre ce magnifique lieu.
Je m’y sens tellement en paix
que j’y reste l’après-midi entière. Je peux encore ressentir cette sensation quand je m’y projette.
Arrivé en tant qu’étranger,
seul, dans une équipe de recherche d’une vingtaine de Japonais qui fonctionnent différemment, cela n’a d’abord pas été simple. Ma première journée de travail se clôture par des larmes, pensant au doux été montpelliérain que je ne vivrai pas. Paradoxal, non ? Je rêvais de l’inconnu et ne pense maintenant qu’à la ville que je connais le mieux. Je laisse ces émotions me prendre toute la soirée, les laissant filer comme de la laine à tricoter, me promettant de déguster le quotidien à mon retour en France, mais surtout d’embrasser l’adaptation que j’allais vivre les mois à venir.




